L'UMP a-t-elle un sens aigu du « timing Â» et sans aucun doute de bonnes relations avec le Ministère de l'Intérieur ? Et une bien curieuse conception de la liberté d'expression et de la pluralité des médias ? Mécontent de trouver face à lui quelques médias indépendants et fragiles qui ne lui consacrent pas des pleines pages photos ou ne lui font pas allégeance, le Ministère de l'Intérieur menace le plus ancien journal homosexuel français, « Illico Â», gratuit né en 1988 il y a presque 20 ans.

Le contenu rédactionnel et publicitaire de ce journal n'a pas changé depuis des années, avec des annonceurs issus de sites internet et de lignes téléphoniques pour des rencontres. La menace de fermeture est pour le moins troublante, à quelques jours du 2ème tour. Si ce journal publiait des choses illégales, les services de la place Beauvau auraient dû le voir et le signaler depuis 2002. Quoi qu'on en pense, le type de publicités souvent insérées dans ce journal (où quelques ministères et institutions achètent régulièrement des pages) n'ont pas été interdites au fil des lois de ces dernières années, et on en trouve certaines comparables dans divers médias LGBT (comme Têtu) mais aussi dans Libération et même des magazines grand public, y compris des magazines télé... A quand les catalogues de vente par correspondance avec « masseurs vibrants Â» interdits dans les chaumières ? A quand les DVD de la série « Sex in the City Â» classés X ?

Il s'agit ici manifestement soit d'une bourde isolée mais non dénuée de relents homophobes, soit d'une tentative d'intimidation directe envers une rédaction critiquant clairement le projet de société de l'UMP et penchant pour la candidate de gauche Ségolène Royal.

Au nom de la diversité, de la liberté et de l'indépendance des journalistes et des médias, le gouvernement UMP doit clarifier sans aucune ambiguïté ses intentions sur cet exemple précis de menace de censure.

Christophe Girard Adjoint au Maire de Paris et membre du Conseil Politique de Ségolène Royal