Le bleu attendu est au rendez-vous. Il est logique et cohérent. Depuis que Nicolas Sarkozy a osé ce que Chirac n'osait pas - à savoir chasser sur les terres du FN -, la droite fait le plein de voix. Et l'on comprend enfin pourquoi, cyniquement, François Miterrand avait tout fait pour ouvrir les micros au Front national en 1983. Parce que sans une extrême droite forte, la gauche passe difficilement devant la droite dans ce pays.

Il faut vraiment beaucoup de talent, d'inventivité, un vrai élan, un vrai programme et une cohésion sans failles pour renverser la tendance. Mais 1981 est bien loin derrière nous et ce savant mélange n'existe plus au Parti socialiste pour l'instant.

L'élan, aujourd'hui, appartient à l'UMP. Il sera difficile de le renverser. Car en plus d'avoir siffonné le FN et donc fait le plein des voix à droite, Nicolas Sarkozy a réussi une révolution d'image. Son hyperactivité, son besoin de tout bousculer, lui a permis de sortir la droite de la naphtaline conservatrice où Chirac l'avait laissé dormir dans un prudent respect des équilibres. La droite d'aujourd'hui est en rupture et donc en mouvement. Elle court si vite (en tee-Shirt NYPD bien sûr) qu'elle donne le sentiment d'incarner le progrès auprès de tout qui confondent "mouvementisme" et "progressisme".

Car vers où court cette droite en jogging ? Vers l'inventivité économique et le modernisme social ? Pas du tout. Elle court en sens inverse, vers le passé, vers le clacissisme économique associé à l'anti-modernité découlant de mai 68. Un savant mélange de modèle anglo-saxon soupoudré de souverainisme, où l'on délègue le social au religieux plutôt qu'aux "gauchistes"... Bref, elle court vers une politique qui creuse autant les déficits que les inégalités. Mais elle court si vite que certains croient réellement à un progrès.

"La gauche n'a rien a proposé de toute façon !" C'est la dernière riposte en date des supporters du footing politique. Effet d'illusion. La gauche a des choses à proposer mais elle propose de maintenir les acquis et de ne pas casser le modèle français (en terme social, économique et culturel). Autrement dit, elle propose de conserver. Or le conservatisme, surtout à gauche, est un programme bien difficile à vendre. En particulier à une époque où la médiatisation et la "peapolisation" du politique demande une image en mouvement.

Caroline Fourest