du 13/10/04

Adventistes du 7e jour : les diéteticiens de Dieu

Du 4 au 10 octobre, l’Eglise adventiste du 7ème jour organisait une « campagne d’évangélisation » au cirque d’Hiver de Paris, baptisée « Et si on demandait à Dieu ? ». À en croire la campagne de communication orchestrée dans la presse, les adventistes ne seraient qu’un « courant dynamique du protestantisme ».

Au premier regard, les adventistes n’ont pas l’air forcèment intégristes. Contrairement aux évangélistes (1), ils ne passent pas le plus clair de leurs temps temps à attendre que l’esprit Saint les pénétre et les fassent « parler en langue » (expression utilisée en référence à l’épisode de la Pentecôte au cours de laquelle Dieu s’empara du corps des fidèles et les fit parler toutes les langues pour qu’ils puissent évangéliser). Les adventistes sont beaucoup plus pragmatiques. Cela ne veut pas dire que leurs campagnes d’évangélisation n’ont pas un effet secouant pour les esprits faibles.

Il n’est pas rare qu’un adventiste tourne mal. En novembre 1978, Jim Jones, un adventiste en rupture avec son Église, s’est illustré par le massacre de la Guyana, soit 931 morts par suicide collectif. Un autre a créé les Témoins de Jehovah à la fin du siècle dernier. Plus récemment, le pasteur adventiste Ntakirutimana a été condamné à dix ans de prison pour génocide par le Tribunal pénal international sur le Rwanda. Quelques brebis égarées ? Sans doute. Il n’empêche que le reste de la communauté adventiste ne pratique pas une spiritualité dénuée d’arrières-pensées.

Les adventistes figurent au premier rang des groupes religieux américains ayant poussé le Département d’État américain à adopter une liste noire qui classe les pays par leur degré de non respect des libertés religieuses. Si l’Arabie saoudite est honnie pour ses discriminations envers les Chrétiens, la France l’est par son refus de soutenir les religions minoritaires… comme la scientologie ! Les adventistes reprochent aussi à la France le fait que « les étudiants des écoles et des universités ont des difficultés permanentes avec des cours ou des examens placés le samedi », alors que ce jour devrait être férié au nom du droit à exercer son culte. En décembre 1999, un jeune adventiste de Versailles a obtenu de son établissement scolaire la dispense de samedi, au grand dam des syndicats. Leur venue en force en France, quelques semaines seulement après l’entrée en vigueur de la loi sur les signes religieux ostensibles à l’école publique, n’est donc pas un pur hasard…

Très opposés à cette loi, les adventistes sont en guerre contre le « laïcisme ». En février 2001, ils organisaient un congrès sur la liberté religieuse à l’Unesco, en collaboration avec des chercheurs du groupe de sociologie des religions et de la laïcité. On pouvait y entendre que « le mouvement anti-secte est animé par les idéologues laïcistes » ou encore que « les campagnes anti-sectes ont été déclenchées pour créer des peurs sociales, pour des raisons politiques. » En fait, ce type de colloque vise surtout à légitimer les adventistes, leur permettant de nouer des alliances avec des chercheurs français adeptes de la « nouvelle laïcité ».

Un bon choix. Lorsque Libération a cherché a en savoir plus sur ce mouvement, il interviewé Jean-Paul Willaime, membre du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité, qui a sobrement présenté les adventistes comme « un segment dynamique du protestantisme […] respectueux de la liberté de conscience de chacun » en vantant les mérites hygiéniques du mouvement : « Ils insistent beaucoup sur l’hygiène, une alimentation équilibrée, le respect du corps considéré comme ‘temple du Saint Esprit’ ».

C’est vrai. Mais ils insistent aussi beaucoup, par exemple, sur le refus absolu de l’égalité entre homos et  hétéros. Lors de la légalisation du contrat d’union civile dans le Vermont, le pasteur Ben Schoun, de l'Église adventiste du Vermont, est parti en croisade. En 2000, la branche anglaise a protesté contre le projet  d’abolir la loi interdisant la promotion de l’homosexualité dans les collectivités locales et les écoles publiques en déclarant : « C'est un autre coup funeste porté aux valeurs traditionnelles […] L'Église adventiste plaide fortement en faveur de la préservation de l'unité familiale traditionnelle et des valeurs saines enseignées aux enfants ». Des valeurs saines dans un corps sain. Belle leçon de diététique.

 

(1) Le terme « évangéliste » est employé à dessein pour désigner les protestants prosélytes engagés au nom de valeurs réactionnaires, tandis qu’« évangéliques » désigne simplement un courant du protestantisme.

 

Fiammetta VENNER

Article paru dans Charlie Hebdo du 13 octobre 2004

 

 

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