du 20/04/04

Attention, un imam peut en cacher un autre

Les déclarations de l'imam de Vénissieux, Abdelkader Bouziane, ont à juste titre déclenché une vive émotion. Interrogé par le journal Lyon Mag, ce leader religieux salafiste a reconnu prêcher dans le sens de la haine des valeurs de "la société occidentale", par exemple contre la musique et le sexe. Pour lui, le verset du Coran incitant à battre sa femme si elle se montre indisciplinée est toujours d'actualité. Il encourage aussi la polygamie.


Ces déclarations ont largement été dénoncées par la classe politique, l'imam a été expulsé. La réaction a donc été efficace. Par contre, l'analyse quant aux racines du mal laisse présager de belles erreurs à venir. Ainsi certains journaux télévisés, celui de France 2, ont attribué ce type de dérapage au fait que peu d'imams étaient formés en France. Son reportage s'est même terminé sur une formidable publicité pour le "seul institut de formation d'imams existant en France", à savoir celui de Château-Chinon... Sans indiquer qu'il s'agissait de l'Institut de formation des imams de l'UOIF, une organisation musulmane radicale se posant en rempart contre le salafisme... mais qui est elle-même salafiste (un classique bien connu des spécialistes de l'islamisme) !


Malheureusement, peu de journalistes ont cette information. Résultat, le reportage de France 2 a omis d'indiquer que le formateur vedette de l'Institut présenté comme antidote s'appelle Youssef al-Qaradawi et qu'il prône
une lecture salafiste et sexiste du Coran. Qaradawi écrit qu'il est licite de battre sa femme dans un ouvrage sur "Le Licite et l'illicite en islam" : "Quand le mari voit chez sa femme des signes de fierté ou d'insubordination, il lui appartient d'essayer d'arranger la situation avec tous les moyens possibles en commençant par la bonne parole, le discours convainquant et les sages conseils. Si cette méthode ne donne aucun résultat, il doit la bouder au lit dans le but de réveiller en elle l'instinct féminin et l'amener ainsi à lui obéir pour que leurs relations redeviennent sereines. Si cela s'avère inutile, il essaie de la corriger avec la main tout en évitant de la frapper durement et en épargnant son visage'".


C'est dire si, loin de développer une ouverture d'esprit, la formation des imams à Château-Chinon peut enfermer toute une génération d'imams français dans une vision de l'islam parfaitement fondamentaliste, radicale, et tout aussi dangereuse que s'ils avaient fait leurs études à l'étranger. Il ne faut pas tomber dans le piège de penser régler la formation des imams en fonction de la nationalité et non en fonction de leurs idées.

Soheib Bencheikh est né au Caire. Il est issu d'une famille de religieux non francophones et il a été étudiant en religion à l'institut islamique d'Alger puis à El Azhar, berceau des fondamentalistes égyptiens. Pourtant il défend un islam respectant la laïcité. A l'inverse, partir de l'idée que des imams seront plus modérés parce qu'ils seront nés et formés en France sous-estime la capacité d'embrigadement communautaire de toute entreprise politique. Or il ne faut pas négliger le risque de voir des subventions destinées à former des imams radicaux.

Autrement dit, il ne faudrait pas que les dérapages de certains imams étrangers incitent l'Etat français à se précipiter pour donner des subventions à l'Institut de formation de l'UOIF, ce qui reviendrait à former des imams salafistes avec l'argent de l'État français ! Le remède serait pire que le mal.

Caroline FOUREST

 

du 1/04/04

La horde et la honte


J’ai assisté, mercredi soir 31 mars, à l’Institut du monde arabe (IMA), à une véritable séance de « lapidation ». Caroline Fourest et Fiammetta Venner avaient été invitées au « café littéraire » de cet institut pour présenter leur livre, Tirs croisés, la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman (Calmann-Lévy). La haine, la violence et l’obscurantisme de leur « comité d’accueil » n’avaient rien à envier aux pierres que l’on jette sur ceux ou celles qui ont « péché ». Le « modérateur » de cette soirée a attaqué, bille en tête : selon lui, le livre « est ouvertement pro-israélien », et met en cause, « de façon scandaleuse », des groupes islamistes comme les Frères musulmans. Puis, jouant sur l’idée « littéraire » qu’un livre, une fois publié, n’appartient plus à ses auteurs mais à son public, il livra en pâture les deux jeunes auteurs, donnant, lui-même, le signal d’une agression soigneusement préparée : chacun ou chacune avait son papier et faisait état de citations tronquées, le plus souvent sans référence de page, délestant l’ouvrage de sa portée universelle, à savoir le totalitarisme que charrie l’intégrisme quelle que soit la religion considérée. De la « fille à foulard islamique » au « baathiste progressiste », de l’« immigré victime de l’islamophobie » à l’« islamo-nationaliste », sans oublier le « démocrate altermondialiste » et le « gauchiste laïque » : toutes les composantes de la « sainte alliance », ardemment souhaitée par Tariq Ramadan, étaient convoquées. Les auteurs n’avaient pas droit à la parole, et se voyaient accusées de tous les maux, en particulier celui d’« islamophobie » – le maître mot de cette soirée.

Tewfik Allal

du 1/04/04

Débat piégé

Caroline Fourest et Fiammetta Venner ont été invitées à intervenir dans le cadre des cafés littéraires de l'Institut du Monde Arabe ce 31 mars en soirée. Elles ont répondu présentes bien que des consignes circulassent depuis plusieurs jours sur des listes de diffusion islamistes pour leur réserver un accueil digne de ce nom.

Depuis son face à face avec Ramadan à Campus, Caroline Fourest agace dans ces milieux. Lundi soir, dans le cadre de l'émission Mots Croisés d'Arlette Chabot, elle a encore fait très fort en faisant tomber le masque d'un représentant de l'UOIF, Amar Lasfar, qui disait condamner le terrorisme. Jusqu'à ce que Caroline lui fasse avouer que son organisation avait émis une fatwa approuvant les attentats kamikazes ! C'est dire si elle était attendue. Mais ce à quoi ne s'attendaient pas les auteures, c'est la façon particulièrement infecte dont Badr-Eddin Arodaky, le commercial de l'Institut du Monde arabe (selon l'organigramme), a conduit les débats. Sans les avoir prévenues des règles du jeu, il a commencé lui même par attaquer le livre, « énervé » de voir que des groupes islamistes comme les Frères musulmans étaient critiqués. Il n'a pas non plus accepté que les auteures écrivent que, même grignoté par les intégristes juifs, Israël restait à ce jour un état démocratique.

Place au débat, si l'on veut appeler un débat des injectives, de longues citations tronquées destinées à mettre les auteures en accusation dans une ambiance d'une agressivité rare. Car en fait de débat, le café littéraire a tourné au procès et même aux menaces. Tout en reconnaissant qu'ils n'avaient pas lu le livre, des militants particulièrement excités sont venus tour à tour exiger des auteures qu'elles s'excusent pour avoir critiqué Tariq Ramadan puis les Frères musulmans à qualifié de «mouvement de libération populaire » par l'un des intervenants. Elles ont été sommées de s'expliquer sur ce qu'elles pensaient du conflit Israëlo Palestinien, bien que ce ne soit absolument pas l'objet de leur livre. Et lorsque les auteures ont expliqué que leur livre dénonçait la présence de colonies peuplées notamment par des intégristes juifs bloquant le processus de Paix, tout en appelant de leurs voeux la création d'un Etat Palestinien à côté de l'état Israélien, des gens de la salle sont intervenus en cascade pour les accuser d'être à la solde de la propagande Israélienne !

Caroline et Fiammetta ont exigé que les accusateurs se présentent et on a fini par apprendre que la plupart des gens dans la salle étaient des partisans du Hezbollah. L'un des accusateurs n'était autre que le correspondant en France de la chaîne française du Hezbollah, Al-Manar, qui diffuse un feuilleton inspiré des Protocoles des Sages de Sion. L'homme a déclaré « il n'y a pas d'intégristes en Islam, les islamistes sont des libérateurs ». Ce qui a fait exploser de colère un algérien assis à côté, qui s'est levé pour parti en lui lançant « monsieur, je suis algérien, je ne peux pas vous laisser dire ça ! Vous soutenez les égorgeurs ! »

C'est dire si l'ambiance était tendue et même franchement inquiétante. Les deux oratrices n'ont quasiment pas eu la parole, le modérateur a prévenu d'entrée qu'il se permettrait d'agir en dictateur et il n'a pas déçu. Toute personne qui prenait la parole en leur faveur était immédiatement coupé et ne pouvait plus reparler, ce qui n'était pas le cas de ceux qui insultaient les oratrices, qui, eux, pouvaient ré-intervenir. Si bien que les accusateurs pouvaient mentir et faire de fausses citations du livre sans être contredits. Incroyablement grossier envers ses hôtes, le président de séance semblait ravi du jeu de massacre, auquel participaient des islamistes mais aussi notre islamo-gauchiste préféré, Pierre Tévanian, ridiculisé une fois de plus par Caroline. Car vu le climat, les deux auteures s'en sont incroyablement bien tirées. Elles ont même convaincu une partie de l'auditoire et il fallait le faire. Dans la salle nous avons été quelques-uns uns à intervenir en positif par rapport aux explications données par Fiammetta et Caroline. Je passerai sur la mienne pour revenir sur celle de Patrice Leguérinais qui a montré en quoi elles avaient raison de préférer le mot « racisme » au « mot islamophobie », à moins de reconnaître que l'on refuse toute critique de l'Islam, même si elle n'est pas raciste, et alors que Caroline et Fiammetta ont rappelé combien ce mot permettait à des gens effectivement racistes, comme Oriana Fallacci, de passer pour des héros de la laïcité ! Un jeune musulman de l'AIME, qui défend le droit d'Arabes à être athées, est intervenu courageusement dans ce sens, endurant des réflexions homophobes et sexistes tenus en demi-aparté par deux jeunes femmes extrémistes.

J'ai eu droit aussi dans le fond de la salle à une menace de « cassage de gueule » non suivie d'effet malgré le fait que je sois resté dans les derniers pour voir et surtout parce que les menaces de ce type me donnent de l'énergie. Le même type, particulièrement excité, a montré du doigt les auteures en leur faisant comprendre qu'elles auraient droit à une explication en aparté. Caroline l'a dénoncé au micro, ce qui a fait redoubler les hurlements. Fiammetta a regretté de ne pas avoir pu débattre avec les gens de bonne volonté, une moitié de salle totalement pris en otage par les extrémistes, tout en assumant clairement le fait que Tirs Croisés puisse mettre hors d'eux les fanatiques de tous bords. Elle a proposé de continuer à discuter sur internet en donnant son email.

Caroline a maintenu que ce qui venait de se passer ce soir confirmait la thèse de Tirs croisés, à savoir qu'il existait non pas une guerre entre l'Orient et l'Occident mais entre partisans des fanatiques et partisans de la raison et des libertés individuelles : « visiblement, nous ne sommes pas tous dans le même camp ce soir ». Les deux conférencières ont dû sortir escortées par des policiers appelés en renfort. Bravo à elles pour leur courage !


Jean-François CHALOT

du 8/04/04

Merci par Fiammetta Venner


Je tenais à vous remercier pour les nombreux messages de soutien que nous avons reçus suite au traquenard du 31 mars dernier à l'Institut du Monde Arabe. Si je ne me suis pas exprimée plus tôt, c'est par réelle incapacité.

La violence du moment a mis du temps à se tranformer en quelque chose de non destructeur. La connivence du représentant de l'Institut du monde arabe avec le Hezbollah m'a fait tomber de haut. Les injures racistes sexistes et homophobes proférées par le petit commando ne m'ont pas autant fait mal que le visage atterré de quelques participants qui écoutaient les larmes aux yeux dire que "Al Qaïda était un groupe insignifiant" ou que "les Frères musulmans étaient un parti de libération populaire" ou encore que les partisans de deux Etats, un Etat palestinien et un Etat israélien étaient "à la solde de l'état-major israélien". Aux citations tronquées de notre livre ont succédées de véritables menaces physiques. Ce qui s'est passé n'avait rien avoir avec un débat. D'ailleurs le représentant de l'Institut du monde arabe nous l'avait signifié, en nous expliquant que nous ne pouvions pas présenter le livre mais que nous devions écouter ce que "ses" amis avaient à nous dire. Ce qui s'était passé n'avait même pas les avantages d'une rixe où mes quelques bases d'art martiaux auraient pu me libérer de cette mauvaise page. Au lieu de celà, j'ai dû me résoudre à faire putching ball, en attendant d'être escortée vers la sortie.

Les douze premières heures ont été difficiles à vivre. Les moments de fureur ont succédé à la crainte physique et aux pleurs nerveux avec en voix off ma propre culpabilité. Pourquoi me suis-je fourrée dans cette situation ? J'avais vu les listes de diffusion pro-islamistes diffuser l'appel à la réunion. Pourquoi ne me suis-je pas levée au bout de cinq minutes ? J'ai eu envie de tout laisser, de faire ma valise et de laisser ce pays aux mains de ces gens-là. Au fond, n'ai-je pas déjà assez fait ? J'ai enfin compris la lettre de démission envoyée par Bétoule Fékar Lambiotte à Nicolas Sarkozy au moment du CFCM, lorsqu'il a offert l'islam de France à l'UOIF. Elle expliquait qu'elle ne pouvait pas participer en France à ce qui avait tué l'Algérie...

Le lendemain, bien que n'ayant toujours pas dormi, plusieurs participants nous ont appelées. Ils étaient atterrés de ce qui s'était passé. Deux d'entre eux, Tewfik Allal et Jean-François Chalot, ont raconté ce qu'ils avaient vu et vécu. Je les en remercie. Il nous était impossible de le faire. Nous n'avions pas encore récupéré. Suite à leur témoignages, vos encouragements sont arrivés, nombreux, chaleureux, inquiets mais aussi nous demandant de continuer.

Il est impossible de continuer comme si rien ne s'était passé. Depuis que Caroline [Fourest] et moi avons décidé d'assumer de combattre simultanément les intégrismes juif, chrétien et musulman*, les choses ne sont plus aussi faciles que quand nous ne combattions que l'intégrisme chrétien. Nous avions, à Prochoix, décidé de répondre par l'écrit mais les attaques ont redoublé. Et nous ne sommes pas les seules. Les membres de la commission Stasi qui ont pris des positions courageuses se sont vus menacer de mort. Une infirmière bien connue des quartiers, qui a témoigné à la commission Stasi, s'est vue signifier qu'elle "finirait dans une cave". Plusieurs participantes de Ni putes ni soumises se sont vues insultées. Des militants nationalistes arabes qui les soutiennent se sont fait traiter d' "arabes enjuivés". Localement des militants antiracistes d'origine algérienne ou iranienne, réfugiés parcequ'ils ont fui les intégristes dans leur pays, ont vu leurs amis soutenir les partisans du GIA en France.

Face à cela, il y a deux solutions : baisser la tête en attendant qu'on nous la coupe (et j'avoue que le 31 au soir, j'y ai pensé) ou résister, ensemble, systématiquement. Une phrase me revenait en tête comme un regret, dans les jours qui ont suivi : au moins dans une guerre civile, tous les combattants ont une arme... là, je ne peux pas tirer.

Une semaine plus tard, je réalise que ce n'est pas tout à fait vrai. Nous avons des stylos, et des ordinateurs, des sites internet, une revue, des téléphones et des fax. Contrairement aux résistants à l'islamisme dans les pays musulmans, nous ne sommes pas entre l'enclume et le marteau. La liberté d'expression existe. Désormais, nous appliquerons, à la lettre, la méthode que nous avons employé contre les intégristes chrétiens.

1- Nous parlerons par tous les moyens, de tout exemple de personne diffamée, injuriée, attaquée,

2- Nous dénoncerons toute collusion entre l'extrême droite religieuse (chrétienne, musulmane ou juive) les associations et les individus qui n'en font pas encore partie. Nous demanderons des explications à toutes les associations et leurs soutiens dont certains membres ont été impliqués dans ces collusions et nous publierons leurs réactions,

3- Nous n'hésiterons plus à poursuivre en justice tout acte diffamatoire, injurieux ou menacant à notre égard. En octobre, nous ne l'avons pas fait contre une association qui démarrait une campagne de diffamation à l'égard de Prochoix. Nous le regrettons aujourd'hui. Nous porterons systématiquement plainte, car il faut remettre du droit dans toute cette folie.

Fiammetta Venner,
directrice de publication de ProChoix


* Caroline Fourest, Fiammetta Venner, Tirs croisés. La laicité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman, Calmann-Levy, 2003 (Pour en savoir plus)


 

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