du 27/10/04

Bush, assis à l’extrême-doite de Dieu


Si tous les candidats à la présidence américaine sont attentifs aux sermons de la droite religieuse, Bush Jr. y est, lui, particulièrement sensible. Et sa réélection pourrait bien signifier la fin de nombreuses libertés individuelles.

Des millions de dollars mis au service des campagnes électorales, des milliers de « guide pour voter » distribués à la sortie des églises, relayés par des centaines d’associations prolife et quelques grandes coalitions comme la Moral Majority ou la Christian Coalition, une pluie de talk-show religieux animés par des télévangélistes pour hypnotiser l’Amérique d’en-bas, des dizaines de laboratoires d’idées où se croisent ultra-conservateurs intégristes et intégristes ultra-conservateurs pour infuser l’Amérique d’en haut… Au pays du lobbying et de la foi tous azimuts, aucun candidat à la présidence ne peut ignorer le lobby des intégristes chrétiens.

Reagan a en partie été élu grâce à eux. Il les a remercié en luttant obsessionnellement contre la théologie de la libération en Amérique latine. Mais il a déçu sur l’avortement. Résultat, lors des primaires de 1988, un candidat issu des rangs mêmes de la droite religieuse, Pat Robertson, prétendait représenter le camp républicain face à Georges Bush Père. Histoire d’évangéliser directement et non plus par le bais d’un président ventriloque. Bush senior l’a finalement emporté. Mais lui non plus n’a jamais vraiment séduit la droite religieuse. Et ce soutien lui a manqué pour décrocher un second mandat. Puis arriva Bush junior — qui était d’ailleurs chargé de draguer l’électorat intégriste pour son père.

George W. Bush a tout pour plaire à la droite religieuse. Born again (né de nouveau après avoir redécouvert la foi), ancien alcoolique repenti grâce à la foi, il n’est pas seulement un politicien prêt à s’allier avec les intégristes chrétien mais un intégriste chrétien lui-même. Il croit dur comme fer avoir été élu grâce à Dieu, qui l’a gratifié de la mission divine de ramener l’Amérique sur le droit chemin des valeurs chrétiennes. Ce qui explique en partie pourquoi il a suivi à la lettre la plupart des exigences de ses amis de la Christian Coalition.

Depuis 2000, il a fait interdire l’avortement tardif, rendu criminel le fait de transporter une mineure qui voudrait avorter si l’on n’a pas de lien de parenté avec elle, baissé les impôts pour les familles nombreuses, interdit le clonage humain, banni les sites de casinos, supprimé les subventions fédérales au Planning familial et à toute organisation favorisant l’avortement à l’étranger, tout en accordant des réductions fiscales à tout américain qui ferait un don à une organisation religieuse charitable. Comme la Christian coalition, par exemple, qui sait se montrer si généreuse envers le candidat Bush. Généreuse, mais exigente.

Même si junior a été un bon élève — sans doute pour la première fois de sa vie — la Christian coalition le presse d’ores et déjà d’aller plus loin. Elle a récemment publié ses conditions pour un nouveau soutien au candidat républicain. Intitulées « Programme de la Christian Coalition pour le 108é congrès », ces 19 points donnent une idée des réjouissances qui attendent l’Amérique su Bush est réélu. Entre autres : permettre à toute institution, y compris judiciaire, de décider si elle veut afficher les dix commandements dans ses murs, supprimer l’avortement, permettre à des parties civiles de poursuivre toute personne pour violence envers un fœtus, interdire toute protection contre l’homophobie, interdire l’adoption aux homosexuels, rendre criminelle toute insulte au drapeau des Etats-Unis… Et surtout, faire nommer des juges issus de la droite religieuse dans les Cours d’appel et à la Cour suprême (une liste de juges est même fournie).

Car seule la Cour suprême peut décider du sort définitif réservé aux droits fondamentaux. Elle est la seule instance protégeant encore la démocratie américaine contre les appétits des intégristes chrétiens. Jusqu’ici, ses neuf sages, nommés par les présidents américains successifs, ont arbitré en faveur du maintien des libertés individuelles, grâce à une majorité extrêmement précaire (à une ou deux voix près). Or, dans les quatre prochaines années, on estime à trois le nombre de juges que le président américain aura à nommer…

Bref, si George W Bush est réélu, ce n’est pas seulement le sort des relations internationales qui se joue mais celui de la sécularisation américaine, et donc celui de la laïcité à l’échelle du monde.

Pendant ce temps, Sarkozy appelle à torpiller la loi de 1905, un conseiller du pape risque d’être élu commissaire européen à la Justice et la future Constitution européenne nous promet de mettre fin à l’exception laïque française en sanctifiant les relations avec des organismes cultuels et en jurant de garantir la liberté religieuse dans la sphère publique. Comme l’on disait au lendemain du 11 septembre, nous sommes tous des Américains…

 

 

Caroline FOUREST
Fiammetta VENNER

Article paru dans Charlie Hebdo du 27 octobre 2004

 

 

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