du 3/11/04

De l’antiracisme au sarkozysme

 

Le pragmatisme sarkozien contamine les associations antiracistes : au nom de la « cohésion », le MRAP et la LDH appellent à manifester le 7 novembre contre le racisme, en compagnie d’antisémites notoires.

Dans son dernier livre, Nicolas Sarkozy a le mérite d’être clair : les politiques  doivent intégrer davantage les revendications des religieux. Si la France avait tenu compte de l’Eglise pour légiferer, les femmes n’auraient pas le droit de vote, et ne parlons même pas de la contraception ou de l’avortement. Les lobbyistes chrétiens imposeraient leur point de vue dans tous les rouages de l’Etat. Les enfants apprendraient le catéchisme sous un crucifix. Le blasphème serait interdit et les délires de Mel Gibson ensencés.

Car Sarkozy l’a bien compris, moins de laîcité, cela signifie plus de christianisme. Et c’est sur cette base qu’il est contre l’entrée de la Turquie en Europe. C’est également pour cela qu’il a décidé d’instrumentaliser les musulmans, troisième religion pratiquée en France.

Pour lui, toute personne ayant un parent de culture musulmanne est un musulman. D’ailleurs, lors de l’émission « 100 minutes pour convaincre », il avait déclaré : « musulman, ça se voit sur la figure ». En toute logique, Sarkozy a donc fondé le CFCM, un organe censé représenter le culte musulman, dans lequel il a contraint des musulmans laiques et libéraux a siéger avec des musulmans intégristes. Non pas, comme il le prétend, dans le but d’« intégrer » les musulmans français, mais pour affaiblir la laicité.

Jusqu’ici, tout est, disons, normal : Sarkozy est un homme de droite, catholique et surtout pragmatique, qui se plait à confondre les individus et les étiquettes qu’il leur asigne. Ce qui est moins normal, en revanche, c’est que des associations de gauche dérivent de l’universalisme au différentialisme culturel pour les même raisons.

Le 7 novembre prochain, le MRAP et la LDH appellent à une manifestation unitaire contre le racisme. Un grand nombre d’organisations avaient déjà signé cet appel lorsqu’elles ont découvert, un peu tard et avec stupeur, qu’elles défileraient aux côtés de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et du Collectif des musulmans de France, également signataires…

On a beau chercher, on ne voit pas à quel titre l’UOIF aurait sa place dans une manifestation antiraciste. Hassan Iqioussen, l’un de ses prédicateurs vedettes dûment salarié, vient d’être épinglé pour ses propos sur les Juifs, qu’il décrit comme « ingrats » et « avares » dans une conférence distribuée en cassette. A l’écouter, ce sont  les « caractéristiques » des Juifs qui expliqueraient la situation en Palestine. Ce sont également les Juifs qui sont responsables de l’antisémitisme et qui auraient poussé « Hitler à faire du mal aux Juifs allemands pour les forcer à partir »…. Des propos que ne renierait pas le mentor théologique de l’UOIF, Youssef Al-Qaradhawi, qui a encore récemment déclaré : « Il n'y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, excepté par le sabre et par le fusil » .

A propos de l’affaire Iqioussen, le Mrap a publié un communiqué surprenant, dans lequel il « s'étonne que cette information, rendue publique et dénoncée dès le 17 janvier 2004 par l'Humanité, soit réutilisée dans un contexte où s'approche la manifestation du 7 novembre 2004 contre le racisme, l'antisémitisme, et les discriminations, et dont l'UOIF est signataire ». En clair, le Mrap sait depuis longtemps que les prédicateurs de l’UOIF tiennent des propos antisémites, accepte sa signature en toute connaissance de cause, et demande aux autres de faire de même sous prétexte de serrer les rangs.

D’autant que l’antisémitisme n’est pas la seule spécialité raciste au menu de l’UOIF. Farid Abdelkrim, un émule de Tariq Ramadan qui a longtemps dirigé la section jeunesse au sein de l’organisation, n’est pas avare de stéréotypes envers les non-musulmans, qu’ils décrit comme des «  blancs » et des « mangeurs de boudins » dans un petit livre intitulé Naa bou la France ?! (Maudite soit la France).

C’est dire le malaise des antiracistes laïques, à qui l’on n’a signalé la présence de l’UOIF qu’après signature. Certains ont retiré leur nom comme SOS Racisme, l’UFAL et la Coordination féministe et laique. Localement, comme à Lyon, certains laïques ont réussi à imposer leur refus de céder aux sirènes de l’intégrisme en acceptant de participer « à condition que ni l' UOIF, ni Divercité, ni "Une école pour tous" ne figurent dans les signataires. » Là-bas, on pourra donc défiler sans craindre d’être en mauvaise compagnie.

A Paris, c’est une autre paire de manche. Les associations sont traversées par le débat. Beaucoup hésitent à apparaître comme les « diviseurs ». Une fois de plus, le chantage à la « division » ou à « la déstabilisation » menace d’esquiver le débat de fond autour de cette question, dont dépend l’avenir de l’antiracisme : Peut-on défiler contre le racisme aux côtés d’organisations intégristes racistes ?

Sarkozy, lui, a déjà répondu…

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Fiammetta VENNER

Article paru dans Charlie Hebdo du 3 novembre 2004

 

 

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