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MANIFESTATION
À PARIS :
Les islamistes mettent les femmes sur le trottoir
(Hélène
Michelini, Farouk Mansouri, 4/1/04)
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A
vouloir trop bien faire, il arrive quon se plante. Ah, il
avait été bien organisé ce dimanche 21 décembre,
le cortège des filles voilées défilant, encadrées
de barbus, de la République à la Bastille au nom de
la liberté de culte ! À regarder ces gamines sanglées
dans luniforme de la honte sindigner de la « répression
» dont elles se disaient victimes, on ne pouvait se défendre
dun certain malaise. Et même dune colère
certaine devant la sensation violente dêtre pris pour
des imbéciles, au sens étymologique du terme : «
imbecillus », faible desprit. Faut-il en effet être
incapable de relier entre elles deux idées pour ne pas voir
ce qui, effectivement, était en marche ce dimanche dhiver
: un troupeau de filles, de femmes et denfants voilées,
encadrées dhommes silencieux, faisant penser aux vers
de Baudelaire :
« Descendez, descendez, lamentables victimes
Descendez le chemin de l'enfer éternel !
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,
Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage. »
Elles montaient, les « lamentables victimes » consentantes
dans leur subordination et flanquées de leurs bourreaux,
à lassaut de la Bastille symbolique de la Liberté
et des Droits de lHomme. On ne saurait être plus clair.
Imagine-t-on des femmes afghanes défiler en burqa sous la
banderole « Mon voile, mon choix ! », des Chinoises
revendiquer quon leur bande les pieds, des Africaines quon
leur étire le cou avec des anneaux, toutes au nom du respect
de leur culture et de leurs traditions évidemment ? À
quand une manifestation dIndiennes réclamant le droit
dêtre crématisées avec leur mari défunt,
comme une solide coutume fondée sur lhindouisme la
longtemps exigé, pour lhonneur de la famille ?
Quant à la soi-disant « pudeur » qui fait du
corps de la femme un objet sexuel et de lhomme un détraqué
bavant de concupiscence devant le moindre cheveu qui dépasse,
cest certainement un grand progrès dans le domaine
du respect mutuel, de lhumanité et des droits de lhomme
! Et pour finir, la menace, même pas voilée, elle :
« En mars, je vote ! » Ce vote-là devrait logiquement
aller au Front National, hostile dès le départ à
linterdiction du foulard islamique. A moins quon nassiste,
dans les mois à venir, à lémergence de
candidats islamiques dûment estampillés. Ce qui prouverait
enfin que le combat nest pas (na jamais été)
religieux mais politique.
La manipulation était si grosse quelle en devenait
affligeante. Les organisateurs ont simplement oublié que
la France de 1789 avait guillotiné un roi, détruit
des églises, chassé les prêtres et mis la religion
à lIndex pour faire émerger des valeurs humanistes.
Ce nest certes pas pour, deux siècles plus tard, accepter
que ses symboles servent de déguisement de carnaval à
des individus suffisamment lâches pour pousser des femmes
en première ligne. Ce triste dimanche, les barbus avaient
mis les femmes sur le trottoir. Convaincues et consentantes, scandaient-elles
devant les caméras. Comme létaient les jeunes
Allemandes prêtes à donner leur corps dans les lebensborns
pour créer la race aryenne, obsession dHitler.
Deux siècles dhistoire violente ont forgé une
conception sans failles de la liberté, de légalité
et de la fraternité au-dessus des choix individuels où
se situe la liberté de culte. En se positionnant à
égalité avec les valeurs fondatrices de la République,
les Islamistes ont dévoilé leur stratégie :
tester les limites de lacceptable pour saper les fondements
dune société quils récusent. Transformer
les métastases actuelles en cancer généralisé
qui rongera le corps social.
Dans ses Réflexions sur le racisme, le philosophe Cornélius
Castoriadis écrit à propos de lexcision, aujourdhui
largement condamnée : «
tout cela se passe là-bas,
in der Turkei, comme disent les bourgeois philistins de Faust. Vous
vous indignez, vous protestez. Puis un jour, ici, à Paris,
vous découvrez que votre employé de maison (ouvrier,
collaborateur, confrère) que vous estimez beaucoup se prépare
à la cérémonie dexcision-infibulation
de sa fillette. Si vous ne dites rien, vous lésez les droits
de lhomme.(
) Si vous essayez de changer les idées
du père, vous le déculturez, vous transgressez le
principe de lincomparabilité des cultures ».
Pour Castoriadis, le choix apparaît clair. Cest celui
de luniversel contre le particulier, des valeurs humaines
contre la loi divine, de la citoyenneté contre les communautarismes
: « Le combat contre le racisme est toujours essentiel. Il
ne doit pas servir de prétexte pour démissionner devant
la défense de valeurs qui ont été créées
« chez nous », que nous pensons être valables
pour tous, qui nont rien à voir avec la race ou la
couleur de la peau et auxquelles nous voulons, oui, raisonnablement
convertir toute lhumanité ».
Telle est luniversalité de la devise républicaine
(liberté, égalité, fraternité). Une
devise qui doit être défendue, soutenue et mise en
pratique au quotidien parce quelle est fragile comme la démocratie.
Ceci pour garantir les libertés et les responsabilités
individuelles et collectives, et permettre ainsi limplication
de citoyens dans les affaires de la cité. La démocratie
française en a bien besoin après un certain 21 avril
qui a révélé un clivage national-ethnique enfonçant
des populations entières dans un repli communautaire.
Hélène Michelini, journaliste
Farouk Mansouri, consultant en informatique.
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