{"id":363,"date":"2015-02-07T11:07:10","date_gmt":"2015-02-07T10:07:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.prochoix.org\/wordpress\/?p=363"},"modified":"2015-02-22T11:10:07","modified_gmt":"2015-02-22T10:10:07","slug":"assia-djebar-mort-dune-grande-voix-de-lemancipation-des-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/prochoix.org\/?p=363","title":{"rendered":"Assia Djebar, mort d\u2019une grande voix de l\u2019\u00e9mancipation des femmes"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>La romanci\u00e8re alg\u00e9rienne Assia Djebar, \u00abauteur d\u2019\u00e9criture fran\u00e7aise\u00bb, comme elle se d\u00e9finissait, est morte hier \u00e0 Paris. Elle avait 78 ans. N\u00e9e \u00e0 Cherchell, fille d\u2019instituteur, elle aura \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e9tudiante alg\u00e9rienne \u00e0 int\u00e9grer l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure, \u00e0 S\u00e8vres, apr\u00e8s un an de kh\u00e2gne au lyc\u00e9e F\u00e9nelon \u00e0 Paris. C\u2019\u00e9tait en 1955. Cinquante ans plus tard, \u00e9lue \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, elle \u00e9tait, l\u00e0 encore, une pionni\u00e8re : la Coupole accueillait pour la premi\u00e8re fois un auteur alg\u00e9rien<\/b>.<br \/>\n<b><br \/>\nLes \u0153uvres de celle qui a dit \u00ab j\u2019\u00e9cris avec un sentiment d\u2019urgence contre la r\u00e9gression et la misogynie \u00bb ont \u00e9t\u00e9 traduites dans 23 langues.<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><b><br \/>\n<a href=\"http:\/\/elwatan.com\/\">elwatan.com<\/a>, 07.02.15<br \/>\n<\/b><span style=\"font-size: large;\"><br \/>\nL\u2019\u00e9crivaine et historienne, membre de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise \u00a0est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e vendredi soir dans un h\u00f4pital parisien des suites d\u2019une longue maladie, a appris \u00a0El Watan de source familiale.<\/span><\/p>\n<p>La famille est en contact avec l\u2019ambassade d\u2019Alg\u00e9rie en France et le Minist\u00e8re de la Culture pour le rapatriement du corps de la d\u00e9funte en Alg\u00e9rie conform\u00e9ment \u00e0 ses v\u0153ux, a indiqu\u00e9 \u00e0 El Watan, sa fille Jalila. Elle sera enterr\u00e9e au cimeti\u00e8re de Cherchell aux c\u00f4t\u00e9s de son p\u00e8re et de son fr\u00e8re Mohamed, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 nourrisson.<\/p>\n<p>\u00ab Elle retournera aux siens comme elle le voulait \u00bb nous a affirm\u00e9 Jalila, \u00ab elle y reposera d\u00e9finitivement dans son pays natal aupr\u00e8s de ses proches \u00bb.<\/p>\n<p>Assia Djebar, n\u00e9e Fatma-Zohra Imalay\u00e8ne \u00e0 Cherchell le 30 juin 1936, auteure majeure au Maghreb est une \u00e9crivaine de notori\u00e9t\u00e9 mondiale. Elle est l\u2019auteure de romans, po\u00e9sies et essais traduits dans 23 langues. \u00a0Elle a \u00e9galement \u00a0\u00e9crit pour le th\u00e9\u00e2tre, et a r\u00e9alis\u00e9 plusieurs films. Assia Djebar est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des auteurs les plus c\u00e9l\u00e8bres et influentes du Maghreb. Elle est \u00e9lue \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise le 16 jui<b>n 2005.<\/b><\/p>\n<p>Fatma-Zohra Imalay\u00e8ne est la premi\u00e8re alg\u00e9rienne et la premi\u00e8re femme musulmane \u00e0 int\u00e9grer l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure de jeunes filles de S\u00e8vres en 1955, o\u00f9 elle choisit l\u2019\u00e9tude de l\u2019Histoire en 1956. \u00c0 partir de 1956, elle suit le mot d\u2019ordre de gr\u00e8ve de l\u2019UGEMA, l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale des \u00c9tudiants musulmans alg\u00e9riens, et ne passe pas ses examens. C\u2019est \u00e0 cette occasion qu\u2019elle \u00e9crira son premier roman, La Soif. Elle adopte depuis le nom de plume, Assia Djebar.<\/p>\n<p>Pendant une dizaine d\u2019ann\u00e9es (les ann\u00e9es soixante dix), elle d\u00e9laisse l\u2019\u00e9criture pour le cin\u00e9ma. Elle r\u00e9alise deux films, La Noubades Femmes du Mont Chenoua en 1978, long-m\u00e9trage qui lui vaudra le Prix de la Critique internationale \u00e0 la Biennale de Venise de 1979 et un court-m\u00e9trage La Zerdaou les chants de l\u2019oubli en 1982.<\/p>\n<p>En 1999 elle soutient sa th\u00e8se \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paul-Val\u00e9ry Montpellier 3, une th\u00e8se sur sa propre oeuvre : Le roman maghr\u00e9bin francophone, entre les langues et les cultures : quarante ans d\u2019un parcours : Assia Djebar, 1957-1997 . La m\u00eame ann\u00e9e, elle est \u00e9lue membre de l\u2019Acad\u00e9mie royale de langue et de litt\u00e9rature fran\u00e7aises de Belgique.<\/p>\n<p>Depuis 2001, elle enseigne au d\u00e9partement d\u2019\u00e9tudes fran\u00e7aises de l\u2019universit\u00e9 de New York. Le 16 juin 2005, elle est \u00e9lue au fauteuil 5 de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, succ\u00e9dant \u00e0 Georges Vedel, et y est re\u00e7ue le 22 juin 2006. Elle est docteur honoris causa des universit\u00e9s de Vienne (Autriche), de Concordia (Montr\u00e9al), d\u2019Osnabr\u00fcck (Allemagne).<br \/>\n<b><br \/>\nL \u0153uvre de Assia Djebar a pour th\u00e8mes l\u2019\u00e9mancipation des femmes, l\u2019histoire, l\u2019Alg\u00e9rie consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 travers sa violence et ses langues.<br \/>\n<\/b><br \/>\nA la demande de Fran\u00e7oise Giroud qui dirige l\u2019Express elle retourne en Alg\u00e9rie le 1er juillet 1962, apr\u00e8s huit ann\u00e9es d\u2019absence pour r\u00e9aliser une enqu\u00eate sur les Alg\u00e9riennes \u00e0 peine sorties de cent-trente-deux ans de colonisation et de sept ann\u00e9es de guerre. L\u2019 enqu\u00eate sera publi\u00e9e le 26 juillet 1962 sous le titre L\u2019Alg\u00e9rie des femmes. Assia Djebar conclut son enqu\u00eate avec les phrases suivantes : \u00ab Je les ai vues, la plupart, les premiers jours de l\u2019ind\u00e9pendance. Elles rendaient gr\u00e2ce \u00e0 Dieu de ces jours arriv\u00e9s ; et maintenant, elles attendent. \u00bb<\/p>\n<p>Elle dira quelques ann\u00e9es plus tard : \u00ab J\u2019\u00e9cris, comme tant d\u2019autres femmes \u00e9crivains alg\u00e9riennes avec un sentiment d\u2019urgence, contre la r\u00e9gression et la misogynie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Son franc parler bouscule les conventions \u00e9tablies, car elle ne se limite pas \u00e0 la place habituellement assign\u00e9e \u00e0 un \u00e9crivain femme et de surcro\u00eet \u00e0 un \u00e9crivain femme repr\u00e9sentant \u00e0 elle seule les cultures berb\u00e8re, arabe, musulmane et fran\u00e7aise \u00bb, rel\u00e8ve Amel Chaouati, pr\u00e9sidente du Cercle es Amis de Assia Djebar fond\u00e9 en 2009 \u00e0 l\u2019initiative du livre collectif Lire Assia Djebaraux \u00e9ditions La Cheminade . (El Watan du 30\/07\/06, sous le titre: Assia Djebar \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise: l\u2019\u00e9criture , une d\u00e9marche mystique).<\/p>\n<p>\u00ab Assia Djebar d\u00e9montre \u2026 combien elle reste fid\u00e8le \u00e0 ses engagements, \u00e0 ses id\u00e9es et \u00e0 ses principes sans concession aucune \u00bb, souligne aussi Amel Chaouati.<\/p>\n<p>Ses convictions, son engagement, Assia Djebar les r\u00e9affirmera dans son discours du 22 juin 2006 \u2013 dont nous reprenons quelques extraits ci-dessous \u2013 devant l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise \u00e0 laquelle elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lue le 16 juin 2005. Elle \u00a0sera une des huit femmes membres de cette illustre institution occupant le si\u00e8ge no 5.<\/p>\n<p><b>Extraits du \u00a0discours \u00a0qu\u2019Assia Djebar pronon\u00e7a le jeudi 22 juin 2006 devant l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise avant de prendre le si\u00e8ge laiss\u00e9 vacant par le d\u00e9c\u00e8s de Georges Vedel auquel elle venait d\u2019\u00eatre \u00e9lue.<br \/>\n<\/b><br \/>\n\u00ab L\u2019Afrique du Nord, du temps de l\u2019Empire fran\u00e7ais, \u2014 comme le reste de l\u2019Afrique de la part de ses coloniaux anglais, portugais ou belges \u2014 a subi, un si\u00e8cle et demi durant, d\u00e9possession de ses richesses naturelles, d\u00e9structuration de ses assises sociales, et, pour l\u2019Alg\u00e9rie, exclusion dans l\u2019enseignement de ses deux langues identitaires, le berb\u00e8re s\u00e9culaire, et la langue arabe dont la qualit\u00e9 po\u00e9tique ne pouvait alors, pour moi, \u00eatre per\u00e7ue que dans les versets coraniques qui me restent chers.<\/p>\n<p>Mesdames et Messieurs, le colonialisme v\u00e9cu au jour le jour par nos anc\u00eatres, sur quatre g\u00e9n\u00e9rations au moins, a \u00e9t\u00e9 une immense plaie ! Une plaie dont certains ont rouvert r\u00e9cemment la m\u00e9moire, trop l\u00e9g\u00e8rement et par d\u00e9risoire calcul \u00e9lectoraliste. En 1950 d\u00e9j\u00e0, dans son \u00ab Discours sur le Colonialisme \u00bb le grand po\u00e8te Aim\u00e9 C\u00e9saire avait montr\u00e9, avec le souffle puissant de sa parole, comment les guerres coloniales en Afrique et en Asie ont, en fait, \u00ab d\u00e9civilis\u00e9 \u00bb et \u00ab ensauvag\u00e9 \u00bb, dit-il, l\u2019Europe \u00bb.<\/p>\n<p>\u2026 \u00ab Je voudrais ajouter, en songeant aux si nombreuses Alg\u00e9riennes qui se battent aujourd\u2019hui pour leurs droits de citoyennes, ma reconnaissance pour Germaine Tillon, devanci\u00e8re de nous toutes, par ses travaux dans les Aur\u00e8s, d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es trente, par son action de dialogue en pleine bataille d\u2019Alger en 1957, \u00e9galement pour son livre Le harem et les Cousins qui, d\u00e8s les ann\u00e9es soixante, nous devint \u00ab livre-phare \u00bb, \u0153uvre de lucidit\u00e9 plus que de pol\u00e9mique \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab La langue fran\u00e7aise, la v\u00f4tre, Mesdames et Messieurs, devenue la mienne, tout au moins en \u00e9criture, le fran\u00e7ais donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma m\u00e9ditation ou de ma r\u00eaverie, cible de mon utopie peut-\u00eatre, je dirai m\u00eame ; tempo de ma respiration, au jour le jour : ce que je voudrais esquisser, en cet instant o\u00f9 je demeure silhouette dress\u00e9e sur votre seuil.<\/p>\n<p>Je me souviens, l\u2019an dernier, en Juin 2005, le jour o\u00f9 vous m\u2019avez \u00e9lue \u00e0 votre Acad\u00e9mie, aux journalistes qui qu\u00eataient ma r\u00e9action, j\u2019avais r\u00e9pondu que \u00ab J\u2019\u00e9tais contente pour la francophonie du Maghreb \u00bb. La sobri\u00e9t\u00e9 s\u2019imposait, car m\u2019avait saisie la sensation presque physique que vos portes ne s\u2019ouvraient pas pour moi seule, ni pour mes seuls livres, mais pour les ombres encore vives de mes confr\u00e8res \u2014 \u00e9crivains, journalistes, intellectuels, femmes et hommes d\u2019Alg\u00e9rie qui, dans la d\u00e9cennie quatre-vingt-dix ont pay\u00e9 de leur vie le fait d\u2019\u00e9crire, d\u2019exposer leurs id\u00e9es ou tout simplement d\u2019enseigner\u2026 en langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Depuis, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, mon pays caut\u00e9rise peu \u00e0 peu ses blessures.<\/p>\n<p>Il serait utile peut \u00eatre de rappeler que, dans mon enfance en Alg\u00e9rie coloniale (on me disait alors \u00ab fran\u00e7aise musulmane \u00bb) alors que l\u2019on nous enseignait \u00ab nos anc\u00eatres les Gaulois \u00bb, \u00e0 cette \u00e9poque justement des Gaulois, l\u2019Afrique du Nord, (on l\u2019appelait aussi la Numidie), ma terre ancestrale avait d\u00e9j\u00e0 une litt\u00e9rature \u00e9crite de haute qualit\u00e9, de langue latine\u2026<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9voquerai trois grands noms : Apul\u00e9e, n\u00e9 en 125 ap. J.C. \u00e0 Madaure, dans l\u2019est alg\u00e9rien, \u00e9tudiant \u00e0 Carthage puis \u00e0 Ath\u00e8nes, \u00e9crivant en latin, conf\u00e9rencier brillant en grec, auteur d\u2019une \u0153uvre litt\u00e9raire abondante, dont le chef d\u2019\u0153uvre L\u2019\u00c2ne d\u2019or ou les M\u00e9tamorphoses, est un roman picaresque dont la verve, la libert\u00e9 et le rire iconoclaste conserve une modernit\u00e9 \u00e9tonnante\u2026. Quelle r\u00e9volution, ce serait, de le traduire en arabe populaire ou litt\u00e9raire, qu\u2019importe, certainement comme vaccin salutaire \u00e0 inoculer contre les int\u00e9grismes de tous bords d\u2019 aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Tertullien, n\u00e9 pa\u00efen \u00e0 Carthage en 155 ap. J.C, qui se convertit ensuite au christianisme, il est l\u2019auteur d\u2019une trentaine d\u2019ouvrages, dont son Apolog\u00e9tique, toute de rigueur puritaine Il suffit de citer deux ou trois de ses phrases qui, surgies de ce Il e si\u00e8cle chr\u00e9tien et latin, sembleraient soudain parole de quelque tribun misogyne et intol\u00e9rant d\u2019Afrique. Par exemple, extraite de son opus Du voile des vierges , cette affirmation : \u00ab Toute vierge qui se montre, \u00e9crit Tertullien, subit une sorte de prostitution ! \u00bb, et plus loin, \u00ab Depuis que vous avez d\u00e9couvert la t\u00eate de cette fille, elle n\u2019est plus vierge tout enti\u00e8re \u00e0 ses propres yeux \u00bb.<\/p>\n<p>Oui, traduisons le vite en langue arabe, pour nous prouver \u00e0 nous-m\u00eame, au moins, que l\u2019obsession misogyne qui choisit toujours le corps f\u00e9minin comme enjeu n\u2019est pas sp\u00e9cialit\u00e9 seulement \u00ab islamiste ! \u00bb<\/p>\n<p>En plein iv e si\u00e8cle, de nouveau dans l\u2019Est alg\u00e9rien, na\u00eet le plus grand Africain de cette Antiquit\u00e9, sans doute, de toute notre litt\u00e9rature : Augustin, n\u00e9 de parents berb\u00e8res latinis\u00e9s\u2026 Inutile de d\u00e9tailler le trajet si connu de ce P\u00e8re de l\u2019\u00c9glise : l\u2019influence de sa m\u00e8re Monique qui le suit de Carthage jusqu\u2019\u00e0 Milan, ses succ\u00e8s intellectuels et mondains, puis la sc\u00e8ne du jardin qui entra\u00eene sa conversion, son retour \u00e0 la maison paternelle de Thagaste, ses d\u00e9buts d\u2019\u00e9v\u00eaque \u00e0 Hippone, enfin son long combat d\u2019au moins deux d\u00e9cennies, contre les Donatistes, ces Berb\u00e8res christianis\u00e9s, mais \u00e2prement raidis dans leur dissidence.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s vingt ans de luttes contre ces derniers, eux qui seraient les \u00ab int\u00e9gristes chr\u00e9tiens \u00bb de son temps, \u00e9tant plus en contact certes avec leurs ouailles parlant berb\u00e8re, Augustin croit les vaincre : Justement, il s\u2019imagine triompher d\u2019eux en 418, \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e de Maur\u00e9tanie (la ville de ma famille et d\u2019une partie de mon enfance). Il se trompe. Treize ans plus tard, il meurt, en 431 dans Hippone, assi\u00e9g\u00e9e par les Vandales arriv\u00e9s d\u2019Espagne et qui, sur ces rivages, viennent, en une seule ann\u00e9e, de presque tout d\u00e9truire.<\/p>\n<p>Ainsi, ces grands auteurs font partie de notre patrimoine. Ils devraient \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s dans les lyc\u00e9es du Maghreb : en langue originale, ou en traduction fran\u00e7aise et arabe.<\/p>\n<p>Rappelons que, pendant des si\u00e8cles, la langue arabe a accompagn\u00e9 la circulation du latin et du grec, en Occident ; jusqu\u2019\u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 711 et jusqu\u2019\u00e0 la chute de Grenade en 1492, l\u2019arabe des Andalous produisit des chefs d\u2019\u0153uvre dont les auteurs, Ibn Battouta le voyageur, n\u00e9 \u00e0 Tanger ; Ibn Rochd le philosophe commentant Aristote pour r\u00e9futer El Ghazzali, enfin le plus grand mystique de l\u2019occident musulman, Ibn Arabi, voyageant de Bougie \u00e0 Tunis et de l\u00e0, retournant \u00e0 Cordoue puis \u00e0 Fez-La langue arabe \u00e9tait alors v\u00e9hicule \u00e9galement du savoir scientifique (m\u00e9decine, astronomie, math\u00e9matiques etc.) Ainsi, c\u2019est de nouveau, dans la langue de l\u2019Autre (les B\u00e9douins d\u2019Arabie islamisant les Berb\u00e8res pour conqu\u00e9rir avec eux l\u2019Espagne) que mes anc\u00eatres africains vont \u00e9crire, inventer. Le dernier d\u2019entre eux, figure de modernit\u00e9 marquant la rupture, Ibn Khaldoun, n\u00e9 \u00e0 Tunis, \u00e9crit son Histoire des Berb\u00e8res en Alg\u00e9rie ; au milieu du xiv e si\u00e8cle. Il finira sa vie en 1406 en Orient ; comme presque deux si\u00e8cles auparavant, Ibn Arabi.<\/p>\n<p>Pour ces deux g\u00e9nies, le mystique andalou, et le sceptique inventeur de la sociologie, la langue d\u2019\u00e9criture semble les mouvoir, eux, en citoyens du monde qui. pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent s\u2019exiler de leur terre, plut\u00f4t que de leur \u00e9criture \u00bb.<\/p>\n<p>\u2026.Mon fran\u00e7ais s\u2019est ainsi illumin\u00e9 depuis vingt ans d\u00e9j\u00e0, de la nuit des femmes du Mont Chenoua. Il me semble que celles-ci dansent encore pour moi dans des grottes secr\u00e8tes, tandis que la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e9tincelle \u00e0 leurs pieds. Elles me saluent, me prot\u00e8gent. J\u2019emporte outre Atlantique leurs sourires, images de \u00ab shefa\u2019 \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de gu\u00e9rison. Car mon fran\u00e7ais, doubl\u00e9 par le velours, mais aussi les \u00e9pines des langues autrefois occult\u00e9es, cicatrisera peut-\u00eatre mes blessures m\u00e9morielles.<\/p>\n<p>Mesdames et Messieurs, c\u2019est mon v\u0153u final de \u00ab shefa\u2019 \u00bb pour nous tous, ouvrons grand ce \u00ab Kitab el Shefa\u2019 \u00bb ou Livre de la gu\u00e9rison (de l\u2019\u00e2me) d\u2019Avicenne\/Ibn Sina, ce musulman d\u2019Ispahan dont la pr\u00e9cocit\u00e9 et la vari\u00e9t\u00e9 prodigieuse du savoir, quatre si\u00e8cles avant Pic de la Mirandole, \u00e9tonna lettr\u00e9s et savants qui suivirent\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>En 1832, dans Alger r\u00e9cemment conquise, Delacroix s\u2019introduit quelques heures dans un harem. Il en rapporte un chef-d\u2019oeuvre, Femmes d\u2019Alger dans leur appartement, qui demeure un \u00ab regard vol\u00e9 \u00bb. Un si\u00e8cle et demi plus tard, vingt ans apr\u00e8s la guerre d\u2019ind\u00e9pendance dans laquelle les Alg\u00e9riennes jou\u00e8rent un r\u00f4le que nul ne peut leur contester, comment vivent-elles au quotidien, quelle marge de libert\u00e9 ont-elles pu conqu\u00e9rir ?<br \/>\nDans ce recueil de nouvelles publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1980 et ici augment\u00e9 d\u2019une longue nouvelle in\u00e9dite, La nuit du r\u00e9cit de Fatima, Assia Djebar raconte : le v\u00e9cu, la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre, la r\u00e9volte et la soumission, la rigueur de la Loi qui survit \u00e0 tous les bouleversements et l\u2019\u00e9ternelle condition des femmes.<br \/>\n\u00ab Langage de l\u2019ombre \u00bb, souvent pr\u00e9monitoire en regard de l\u2019histoire imm\u00e9diate, Femmes d\u2019Alger dans leur appartement est devenu un classique dans de nombreux pays o\u00f9 il a re\u00e7u un accueil exceptionnel.<\/p>\n<p>La Femme sans s\u00e9pulture, c\u2019est Zoulikha, h\u00e9ro\u00efne oubli\u00e9e de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, mont\u00e9e au maquis au printemps 1957 et port\u00e9e disparuedeux ans plus tard, apr\u00e8s son arrestation par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Femme exceptionnelle, si vivante dans sa r\u00e9alit\u00e9 de m\u00e8re, d\u2019amante, d\u2019amie, d\u2019opposante politique, dans son engagement absolu et douloureux, dans sa d\u00e9marche de libert\u00e9 qui scelle sa vie depuis l\u2019enfance et qui ne l\u2019a jamais quitt\u00e9e, sa pr\u00e9sence irradiante flotte \u00e0 jamais au-dessus de C\u00e9sar\u00e9e\u2026 Autour de Zoulikha s\u2019animent d\u2019autres figures de l\u2019ombre, paysannes autant que citadines, vivant au quotidien l\u2019engagement, la peur, la trag\u00e9die parfois. V\u00e9ritable chant d\u2019amour contre l\u2019oubli et la haine, de ce pass\u00e9 ressuscit\u00e9 na\u00eet une \u00e9motion intense, pour ce destin de femme qui garde son \u00e9nigme, et pour la beaut\u00e9 d\u2019une langue qui excelle \u00e0 rendre son ombre et sa lumi\u00e8re.<br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\">Source:\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/sanscompromisfeministeprogressiste.wordpress.com\/2015\/02\/07\/assia-djebar-mort-dune-grande-voix-de-lemancipation-des-femmes\/\">https:\/\/sanscompromisfeministeprogressiste.wordpress.com\/2015\/02\/07\/assia-djebar-mort-dune-grande-voix-de-lemancipation-des-femmes\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La romanci\u00e8re alg\u00e9rienne Assia Djebar, \u00abauteur d\u2019\u00e9criture fran\u00e7aise\u00bb, comme elle se d\u00e9finissait, est morte hier \u00e0 Paris. Elle avait 78 ans. N\u00e9e \u00e0 Cherchell, fille d\u2019instituteur, elle aura \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e9tudiante alg\u00e9rienne \u00e0 int\u00e9grer l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure, \u00e0 S\u00e8vres, apr\u00e8s un an de kh\u00e2gne au lyc\u00e9e F\u00e9nelon \u00e0 Paris. C\u2019\u00e9tait en 1955. Cinquante ans &hellip; <a href=\"https:\/\/prochoix.org\/?p=363\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Assia Djebar, mort d\u2019une grande voix de l\u2019\u00e9mancipation des femmes<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/363"}],"collection":[{"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=363"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/363\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":365,"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/363\/revisions\/365"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=363"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=363"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/prochoix.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=363"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}