{"id":587,"date":"1999-01-20T15:01:29","date_gmt":"1999-01-20T14:01:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.prochoix.org\/wordpress\/?p=587"},"modified":"2015-10-16T15:02:25","modified_gmt":"2015-10-16T14:02:25","slug":"rapport-officieux-sur-lalgerie-a-lintention-du-cedaw","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/prochoix.org\/?p=587","title":{"rendered":"Rapport officieux sur l&rsquo;Alg\u00e9rie. A l&rsquo;intention du Cedaw"},"content":{"rendered":"<div class=\"post-content\">\n<p>Introduction<\/p>\n<p>Les femmes alg\u00e9riennes sont confront\u00e9es \u00e0 de nombreux obstacles qui freinent la r\u00e9alisation des objectifs de la Convention sur l&rsquo;\u00e9limination de toutes formes de discrimination, c&rsquo;est-\u00e0-dire le plein exercice et la jouissance de l&rsquo;ensemble des droits humains par les femmes, sur la base de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Ce rapport officieux se concentre sur l&rsquo;un des obstacles majeurs \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;avancement de la femme: la mont\u00e9e et la menace actuelles d&rsquo;un fondamentalisme religieux, violent et politis\u00e9 et son projet d&rsquo;imposer sa vision particuli\u00e8re de l&rsquo;Islam par la &lsquo;th\u00e9ocratisation&rsquo; de l&rsquo;\u00c9tat et\/ou par la violence et la terreur. Depuis presque trois d\u00e9cennies, les femmes ont \u00e9t\u00e9 une cible privil\u00e9gi\u00e9e de la violence et de l&rsquo;oppression fondamentaliste; depuis quelques ann\u00e9es, les attaques fondamentalistes sont assimilables \u00e0 des crimes de guerre et \u00e0 des crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 dirig\u00e9s contre les femmes et la population civile.<\/p>\n<p>Les deux organisation suivantes: International Women&rsquo;s Human Rights Law Clinic (IWHR) et Women Living Under Muslim Laws (WLUML) se sont rapproch\u00e9es pour soumettre ce rapport officieux. IWHR a pr\u00e9par\u00e9 ce rapport en se fondant d&rsquo;une part sur son exp\u00e9rience du conseil juridique pour neuf plaignantes et pour une organisation des droits de la femme, le Rassemblement Alg\u00e9rien des Femmes D\u00e9mocrates, impliqu\u00e9e dans des poursuites &lsquo;contre un dirigeant du Front Islamique du Salut (FIS)&rsquo; pour crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9, crimes de guerre et esclavage sexuel. IWHR se fonde \u00e9galement sur les \u00e9tudes qu&rsquo;elle a effectu\u00e9es et la d\u00e9fense des droits de la femme dans le cadre de cette convention et d&rsquo;autres forums relatifs aux droits de l&rsquo;homme. WLUML a contribu\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9paration de ce rapport en se fondant d&rsquo;une part sur son exp\u00e9rience de r\u00e9seau international de soutien et de solidarit\u00e9 reliant les femmes qui luttent contre les forces fondamentalistes en Alg\u00e9rie et dans de nombreuses autres soci\u00e9t\u00e9s, qu&rsquo;elles soient musulmanes ou non, et d&rsquo;autre part sur les \u00e9tudes qu&rsquo;elle a r\u00e9alis\u00e9es et sur la d\u00e9fense des droits de la femme dans diff\u00e9rentes communaut\u00e9s musulmanes du monde.<\/p>\n<p>Reconnaissant que l&rsquo;objectif des rapports des Etats officiels dans le cadre de la Convention concerne la coh\u00e9rence des lois et politiques publiques par rapport \u00e0 la Convention, il est n\u00e9anmoins essentiel que le Comit\u00e9 examine soigneusement les \u00e9l\u00e9ments qui repr\u00e9sentent actuellement un obstacle ou une difficult\u00e9 significative \u00e0 laquelle il faut r\u00e9pondre pour tenir la promesse de la Convention. La Convention des Femmes, et en particulier les articles 1, 2(e) (f) et (g), 3 et 5(a), est la seule \u00e0 porter minutieusement attention aux sources priv\u00e9es ou non officielles de discrimination. De plus, selon l&rsquo;article 18, les rapports &lsquo;peuvent indiquer les facteurs et difficult\u00e9s affectant la mani\u00e8re dont les obligations pr\u00e9vues par la pr\u00e9sente Convention sont remplies.&rsquo; Dans le cas de l&rsquo;Alg\u00e9rie, l&rsquo;insurrection fondamentaliste, qui vise \u00e0 la mise en oeuvre et \u00e0 l&rsquo;institutionnalisation d&rsquo;une discrimination extr\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard les femmes, pour mettre en place une forme d&rsquo;apartheid des sexes, repr\u00e9sente l&rsquo;une des plus grandes &lsquo;difficult\u00e9s affectant la mani\u00e8re dont les obligations&rsquo; de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes sont remplies.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 sa mission particuli\u00e8re de protection et d&rsquo;avancement des droits de la femme, il est particuli\u00e8rement urgent que ce Comit\u00e9 examine l&rsquo;impact de l&rsquo;insurrection fondamentaliste. Du fait de l&rsquo;approche traditionnelle de la communaut\u00e9 internationale des droits de l&rsquo;homme, qui se caract\u00e9rise par sa r\u00e9sistance au changement et sa concentration sur l&rsquo;\u00c9tat et de sa tendance (au moins jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les Talibans prennent le pouvoir en Afghanistan) \u00e0 consid\u00e9rer les violations des droits des femmes comme un domaine purement &lsquo;priv\u00e9&rsquo; ou &lsquo;culturel&rsquo;, la communaut\u00e9 internationale a largement ignor\u00e9 la campagne de violences et d&rsquo;atrocit\u00e9s men\u00e9e par les fondamentalistes. Ainsi, m\u00eame s&rsquo;il est largement admis que les rebelles fondamentalistes ont commis l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des atrocit\u00e9s contre la population civile, en particulier contre les femmes, l&rsquo;attention s&rsquo;est port\u00e9e presque exclusivement sur le nombre plus limit\u00e9 de violations, tout aussi graves, commises par l&rsquo;\u00c9tat contre les insurg\u00e9s fondamentalistes. Malheureusement, ce manque d&rsquo;\u00e9quilibre a affaibli les forces f\u00e9ministes et d\u00e9mocratiques de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne et a rel\u00e9gu\u00e9 les attaques contre les femmes au second plan. Comme le reconna\u00eet le rapport du Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral sur les normes humanitaires minimales soumis le 5 janvier 1998 en vertu de la r\u00e9solution 1997\/21 de la Commission sur les Droits de l&rsquo;Homme, &lsquo;ce sont souvent les situations de violence interne qui posent la plus grande menace \u00e0 la dignit\u00e9 humaine et \u00e0 la libert\u00e9&rsquo; et &lsquo;en cas de violence interne, il est \u00e9galement important de s&rsquo;int\u00e9resser au comportement des groupes arm\u00e9s non \u00e9tatiques&rsquo; E\/CN.4\/1998\/87, paragraphe 8,9.<\/p>\n<p>Ce rapport officieux rappellera l&rsquo;histoire de la mont\u00e9e du mouvement fondamentaliste, son id\u00e9ologie et l&rsquo;escalade de ses attaques contre les femmes. Il identifiera \u00e9galement la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u00c9tat s&rsquo;est accommod\u00e9 de ce programme, l&rsquo;a int\u00e9gr\u00e9 et y a r\u00e9agi et examinera son impact sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des femmes. De plus, le Rapport \u00e9tablira des recommandations \u00e0 l&rsquo;attention du Comit\u00e9 dans ce propos.<\/p>\n<p>R\u00e9sum\u00e9<\/p>\n<p>Le mouvement fondamentaliste en Alg\u00e9rie est actif depuis au moins les ann\u00e9es 70. Durant les ann\u00e9es 70 et 80, les fondamentalistes se sont organis\u00e9s politiquement, tout en recourant \u00e0 la violence pour imposer leur programme. Ils se sont en particulier attaqu\u00e9s aux activistes f\u00e9ministes, aux \u00e9tudiantes, aux femmes ouvri\u00e8res dans les usines d&rsquo;Etat et aux c\u00e9libataires vivant sans membre de sexe masculin de leur famille qualifi\u00e9 par la loi de gardien (Wali). \u00c0 la fin des ann\u00e9es 80, les attaques incendiaires contre les femmes c\u00e9libataires ont caus\u00e9 la mort d&rsquo;un enfant. En 1984, les fondamentalistes ont marqu\u00e9 un point politique substantiel en for\u00e7ant l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 adopter un code de la famille extr\u00eamement r\u00e9actionnaire, qui pour l&rsquo;essentiel traite les femmes comme des mineures.2 En 1989, \u00e0 la suite des grandes manifestations populaires contre le gouvernement de parti unique soutenu par les militaires, ils ont obtenu un amendement de la Constitution permettant la formation de partis politiques. Les fondamentalistes se sont unifi\u00e9s alors pour former le parti du Front Islamique du Salut (FIS). Le FIS disposait d&rsquo;une branche arm\u00e9e connue sous le nom d&rsquo;AIS. Les meneurs du FIS ont, d\u00e8s le d\u00e9part, d\u00e9clar\u00e9 leur opposition \u00e0 la d\u00e9mocratie et affirm\u00e9 leur id\u00e9ologie de s\u00e9gr\u00e9gation sexuelle. La violence politique fondamentaliste contre les femmes s&rsquo;est poursuivie et s&rsquo;est amplifi\u00e9e apr\u00e8s la formation du FIS.<\/p>\n<p>Aux \u00e9lections municipales de juin 1990, le FIS a remport\u00e9 un grand nombre de municipalit\u00e9s. Pendant son exercice officiel du pouvoir jusqu&rsquo;au d\u00e9but 1992, le FIS a cherch\u00e9 \u00e0 imposer une discrimination assimilable \u00e0 un apartheid des sexes tant par des moyens l\u00e9gaux que par la menace de la force. Le parti a notamment d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 la s\u00e9paration des gar\u00e7ons et des filles \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, des hommes et des femmes dans les bus et sur certains lieux de travail. Apr\u00e8s l&rsquo;annulation du second tour des \u00e9lections l\u00e9gislatives de d\u00e9cembre 1991,3 la violence \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes et d&rsquo;autres civils s&rsquo;est gravement exacerb\u00e9e. L&rsquo;\u00c9tat a interdit le FIS et les fondamentalistes ont form\u00e9 de nouveaux groupes arm\u00e9s, dont le Groupe Islamique Arm\u00e9 (GIA), qui s&rsquo;est attaqu\u00e9 syst\u00e9matiquement aux civils dans une logique de guerre, et en particulier aux femmes s&rsquo;\u00e9cartant des r\u00f4les qui leur sont impos\u00e9s.<\/p>\n<p>Le premier groupe de civils assassin\u00e9s, viol\u00e9s et tortur\u00e9s par les groupes arm\u00e9s furent les parentes des membres des forces de la s\u00e9curit\u00e9, de la police et du gouvernement. En 1993, les fondamentalistes ont commenc\u00e9 \u00e0 assassiner et \u00e0 menacer les f\u00e9ministes, les journalistes, les artistes, les \u00e9trangers, les intellectuels et autres professions lib\u00e9rales, ainsi que tout membre en vue de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui repr\u00e9sentait une vision ne correspondant pas \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie du FIS. La grande majorit\u00e9 de ces victimes n&rsquo;avait aucun lien avec le gouvernement et de fait, nombres d&rsquo;entre elles \u00e9tant en r\u00e9alit\u00e9 des opposants connus de l&rsquo;\u00c9tat. Les dirigeantes f\u00e9ministes furent personnellement menac\u00e9es; l&rsquo;une d&rsquo;elles fut tu\u00e9e et les autres furent forc\u00e9es de vivre cach\u00e9es ou en exil. Les groupes arm\u00e9s enlevaient r\u00e9guli\u00e8rement des jeunes femmes dans la rue, dans les quartiers ou m\u00eame chez elles pour les enfermer dans des camps comme esclaves sexuelles et domestiques (sous le nom de mariages mutaa). Les fondamentalistes publiaient des communiqu\u00e9s promettant la mort aux femmes n&rsquo;ob\u00e9issant pas \u00e0 leurs ordres, autrement dit les femmes non voil\u00e9es, les coiffeuses, les femmes actives et les c\u00e9libataires. Dans un certain nombre de cas, ils ont mis ces menaces \u00e0 ex\u00e9cution. En 1994-1995, les attaques contre les civils ont pris encore plus d&rsquo;ampleur. Les groupes arm\u00e9s ont plac\u00e9 des bombes dans les lieux publics, provoquant un nombre sans pr\u00e9c\u00e9dent de victimes. En 1997, surtout au moment du Ramadan, ils ont massacr\u00e9 des villages entiers, un nombre disproportionn\u00e9 de femmes et d&rsquo;enfants comptant parmi les nombreuses victimes. Si ces ann\u00e9es de terreur et de subordination sexuelle impos\u00e9e ont influ\u00e9 n\u00e9gativement sur la culture et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes, de nombreux segments de la soci\u00e9t\u00e9 civile r\u00e9sistent vigoureusement au programme fondamentaliste. Les femmes sont \u00e0 la t\u00eate de ce mouvement. Les activistes f\u00e9ministes et les organisations de femmes, les journalistes et bien d&rsquo;autres continuent de manifester contre les fondamentalistes et de documenter les violations commises, malgr\u00e9 le risque encouru. De plus, les femmes et les hommes ordinaires continuent, malgr\u00e9 la terreur, \u00e0 travailler et \u00e0 maintenir les institutions sociales comme les \u00e9coles. Les enseignantes, les coiffeuses et les couturi\u00e8res (des femmes dont le m\u00e9tier est d&#8217;embellir d&rsquo;autres femmes), les femmes non voil\u00e9es ainsi que les femmes portant le voile avec une touche de rouge \u00e0 l\u00e8vres, luttent toutes contre le programme totalitaire de terreur des fondamentalistes en poursuivant leur vie quotidienne. Le nombre de femmes non voil\u00e9es a r\u00e9cemment augment\u00e9.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;opposition militaire violente de l&rsquo;\u00c9tat au mouvement fondamentaliste, ce dernier a exerc\u00e9 une profonde influence sur les politiques publiques. La complaisance de l&rsquo;\u00c9tat envers les pressions fondamentalistes explique ses r\u00e9serves envers la Convention des Femmes et l&rsquo;application d&rsquo;un code de la famille r\u00e9actionnaire, qui porte atteinte aux droits fondamentaux de la femme. De plus, l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;a pas suffisamment r\u00e9pondu aux besoins sociaux et, ni aux besoins \u00e9conomiques des victimes de la violence fondamentaliste. Il n&rsquo;a en particulier apport\u00e9 aucun soutien ad\u00e9quat aux survivantes des viols. Enfin, si l&rsquo;\u00c9tat a rejet\u00e9 certaines des demandes fondamentalistes les plus extr\u00eames en vue d&rsquo;un apartheid des sexes, comme la s\u00e9gr\u00e9gation dans l&rsquo;\u00e9ducation et les transports, il n&rsquo;a pas pris suffisamment de mesures pour rem\u00e9dier aux d\u00e9pr\u00e9dations culturelles sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes caus\u00e9es par le programme fondamentaliste.<\/p>\n<p>Le Comit\u00e9 a l&rsquo;autorit\u00e9 n\u00e9cessaire et le devoir de s&rsquo;occuper des obstacles extr\u00eames que repr\u00e9sente la campagne fondamentaliste de violences et de terreur, ainsi que son influence sur le pouvoir de l&rsquo;\u00c9tat, pour atteindre les objectifs d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de sexes et de respect des droits de la femme. Le Comit\u00e9 devrait interroger l&rsquo;\u00c9tat sur ces points et l&rsquo;enjoindre de pr\u00e9venir la violence et d&rsquo;en prot\u00e9ger ses victimes, de r\u00e9parer les torts commis contre les femmes par les fondamentalistes, d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 la Convention et de la mettre activement en \u2018uvre. Nous recommandons en particulier que le Comit\u00e9:<\/p>\n<p>Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 retirer ses r\u00e9serves \u00e0 la Convention, r\u00e9serves qui l\u00e9gitiment et perp\u00e9tuent l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des femmes (en particulier dans la vie familiale) et qui violent l&rsquo;objet et le but de la Convention.<\/p>\n<p>Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 accepter et \u00e0 soutenir une l\u00e9gislation permettant d&rsquo;adopter une s\u00e9rie compl\u00e8te d&rsquo;amendements au code de la famille, formul\u00e9e et accept\u00e9e en consultation avec les femmes des ONG, ainsi qu&rsquo;\u00e0 soutenir l&rsquo;adoption et la mise en \u2018uvre d&rsquo;autres mesures n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;\u00e9limination des discriminations et enfin \u00e0 assurer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 prendre des mesures imm\u00e9diates pour que les victimes des violences fondamentalistes, parmi lesquelles les femmes qui ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es et soumises \u00e0 l&rsquo;esclavage sexuel, b\u00e9n\u00e9ficient de services sociaux ad\u00e9quats, y compris des services m\u00e9dicaux pour l&rsquo;avortement et d&rsquo;assistance psychologique, leur permettant de regagner leur confiance en elles et de reconstruire leurs vies.<\/p>\n<p>Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 prendre des mesures imm\u00e9diates pour garantir que toutes les femmes b\u00e9n\u00e9ficient de mani\u00e8re \u00e9gale d&rsquo;une pr\u00e9paration, d&rsquo;un acc\u00e8s et de l&rsquo;exercice des droits \u00e0 l&#8217;emploi, \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation et aux soins de sant\u00e9 conform\u00e9ment \u00e0 la Convention, et que les femmes victimes de la violence, tant fondamentaliste que d&rsquo;\u00c9tat, re\u00e7oivent une aide \u00e9conomique et toutes autres formes d&rsquo;assistance n\u00e9cessaires leur permettant de reconstruire leur vie et de subvenir \u00e0 leurs familles et \u00e0 elles-m\u00eames. Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 prendre des mesures dirig\u00e9es tant vers les hommes que vers les femmes, par le soutien des m\u00e9dias, de l&rsquo;\u00e9ducation et des arts, pour d\u00e9passer les st\u00e9r\u00e9otypes discriminatoires et les peurs entretenues dans la culture par la terreur fondamentaliste.<\/p>\n<p>Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 fournir les ressources n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger et assurer le d\u00e9veloppement d&rsquo;une communaut\u00e9 d&rsquo;ONG ind\u00e9pendantes de l&rsquo;\u00c9tat, en particulier des ONG assurant la reconnaissance et la protection des droits de la femme, de mani\u00e8re \u00e0 faciliter l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 civile et le respect des droits de l&rsquo;Homme.<\/p>\n<p>I &#8211; Le fondamentalisme en Alg\u00e9rie<\/p>\n<p>A. Les premi\u00e8res attaques fondamentalistes contre les femmes<\/p>\n<p>Depuis la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance contre l&rsquo;occupation coloniale de la France, qui s&rsquo;est achev\u00e9e en 1962, l&rsquo;\u00c9tat alg\u00e9rien a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9 par le Front de Lib\u00e9ration Nationale (FLN) dans un syst\u00e8me de parti unique soutenu par les militaires. Si le r\u00f4le significatif des femmes dans la guerre pour la lib\u00e9ration a sembl\u00e9 jeter les fondations d&rsquo;une \u00e9galit\u00e9 des sexes en Alg\u00e9rie, peu apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance, les forces fondamentalistes ont commenc\u00e9 \u00e0 se faire sentir en Alg\u00e9rie, en particulier dans leurs attaques contre l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes. Dans les ann\u00e9es 70, dans les universit\u00e9s, les islamistes4 se sont attaqu\u00e9s aux \u00e9tudiants qui soutenaient un programme non islamiste, en particulier les femmes qui refusaient de se plier \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e islamiste de leur r\u00f4le et de leur comportement. Les \u00e9tudiantes furent attaqu\u00e9es pour leur activisme politique et leur fa\u00e7on de s&rsquo;habiller, parmi ces attaques, des agressions \u00e0 l&rsquo;acide sur des \u00e9tudiantes.5<\/p>\n<p>Les fondamentalistes continu\u00e8rent de s&rsquo;organiser dans les ann\u00e9es 70 et 80, et en 1984, ils remport\u00e8rent une importante victoire politique gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;adoption du code de la famille qui a priv\u00e9 les femmes de bon nombre de droits fondamentaux et les a r\u00e9duites \u00e0 un statut de minorit\u00e9. Tout au long de l&rsquo;histoire du mouvement fondamentaliste en Alg\u00e9rie, nombreux segments de la soci\u00e9t\u00e9 civile, en particulier dans la communaut\u00e9 f\u00e9ministe, s&rsquo;y sont oppos\u00e9. De 1980 \u00e0 1984, \u00e0 chaque fois que le code de la famille \u00e9tait propos\u00e9, les femmes activistes organisaient de grandes manifestations. Le code, adopt\u00e9 en 1984 sans que ses dispositions n&rsquo;aient fait l&rsquo;objet d&rsquo;un examen ou d&rsquo;un d\u00e9bat public, est devenu une cible permanente de protestations et d&rsquo;opposition pour les groupes de femmes.6<\/p>\n<p>Les attaques contre les femmes re\u00e7urent une plus grande attention lorsque, fin 1989, les islamistes organis\u00e8rent des campagnes et incendi\u00e8rent les maisons de femmes vivant sans parent masculin. Dans un cas particulier, le 5 juin 1989, l&rsquo;autorit\u00e9 locale de la ville a re\u00e7u une p\u00e9tition sign\u00e9e par 197 personnes demandant que leur quartier soit d\u00e9barrass\u00e9 de la pr\u00e9sence de trois femmes dont le mode de vie \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme inappropri\u00e9. La municipalit\u00e9 a donc menac\u00e9 ces femmes et mobilis\u00e9 des groupes de jeunes gar\u00e7ons pour les harceler quotidiennement. Comme ces \u2018ind\u00e9sirables&rsquo; ne quittaient pas la communaut\u00e9, un groupe de dix hommes a d\u00e9cid\u00e9 de passer \u00e0 l&rsquo;action. Le 21 juin 1989, pendant la nuit, ils se sont r\u00e9unis, ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 et finalement d\u00e9cid\u00e9 que le seul moyen de \u2018purifier&rsquo; le quartier \u00e9tait par le feu&rsquo;. \u2018Oum Ali&rsquo; est une femme de 34 ans, r\u00e9cemment divorc\u00e9e, qui vit seule avec sept enfants. Abandonn\u00e9e par son mari avant le divorce, illettr\u00e9e et sans emploi, elle est la plus pauvre parmi les pauvres, car en vertu de l&rsquo;article 52 du code de la famille de la loi islamique, ni elle ni ses enfants ne sont prot\u00e9g\u00e9s, en effet ils ne re\u00e7oivent aucune assistance financi\u00e8re&rsquo;\u00a0<a href=\"http:\/\/www.prochoix.org\/cgi\/blog\/index.php\/1999\/01\/20\/Les%20fondamentalistes\">Les fondamentalistes<\/a>\u00a0l&rsquo;accusaient de prostitution, ils l&rsquo;accusaient de rendre le quartier impur, de g\u00e2ter la moralit\u00e9, la pi\u00e9t\u00e9 des Musulmans et le bien\u00eatre spirituel de la ville&rsquo; Au milieu de la nuit du 22 juin 1989, les fondamentalistes ont incendi\u00e9 sa maison et son enfant handicap\u00e9 de trois ans a p\u00e9ri dans l&rsquo;incendie. Treize hommes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et les fondamentalistes ont manifest\u00e9 en leur faveur. Ils n&rsquo;ont pas ni\u00e9 leur crime, mais ils l&rsquo;ont trouv\u00e9 justifi\u00e9.7<\/p>\n<p>B. L&rsquo;\u00e9mergence et l&rsquo;id\u00e9ologie du FIS et des groupes arm\u00e9s<\/p>\n<p>En 1988-89, en r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;opposition populaire au manque de d\u00e9mocratie et de libert\u00e9s civiles, \u00e0 la profonde corruption, au manque d&rsquo;\u00e9ducation, d&#8217;emplois, de logements et \u00e0 la paup\u00e9risation de la population, la Constitution alg\u00e9rienne a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e pour mettre en place un syst\u00e8me parlementaire pluripartite. Dans cette opposition, se retrouvait une large marge repr\u00e9sentative de la soci\u00e9t\u00e9, dont les la\u00efques, les d\u00e9mocrates ind\u00e9pendants, les \u00e9tudiants, les travailleurs, les villageois et d&rsquo;autres personnes, ainsi que les extr\u00e9mistes islamistes qui allaient plus tard former le parti politique du Front Islamique du Salut (FIS) et ses groupes arm\u00e9s. Mettant \u00e0 profit cette ouverture pour tenter de s&#8217;emparer du pouvoir \u00e9tatique, les fondamentalistes fond\u00e8rent le FIS en 1989 comme organisation regroupant tous les groupes islamistes.8 \u00c0 l&rsquo;inverse d&rsquo;autres segments de la soci\u00e9t\u00e9 civile favorables au changement constitutionnel, l&rsquo;objectif d\u00e9clar\u00e9 du FIS depuis sa cr\u00e9ation \u00e9tait de faire de l&rsquo;Alg\u00e9rie un Etat islamiste non d\u00e9mocratique, totalitaire, que ce soit par des \u00e9lections ou par la violence.<\/p>\n<p>Le FIS avait toujours consid\u00e9r\u00e9 la violence comme un moyen d&rsquo;imposer son programme. La devise suivante du FIS compte parmi les plus populaires: \u2018Pour lui, nous mourrons et pour lui, nous resterons en vie. Pour lui nous rencontrerons Dieu. Pour lui nous faisons la guerre. Pour l&rsquo;\u00c9tat Islamique.&rsquo; Au si\u00e8ge de campagne du FIS, les panneaux d&rsquo;affichage proclamaient: \u2018L&rsquo;\u00c9tat Islamique doit r\u00e9pandre la foi \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur comme \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du pays, que ce soit par la persuasion ou par la terreur.&rsquo;9 Les propos antid\u00e9mocratiques des fondateurs du FIS Abassi Madani et Ali Belhadj sont encore plus r\u00e9v\u00e9lateurs. En d\u00e9cembre 1989, Abassi Madani, pr\u00e9sident du FIS, a d\u00e9clar\u00e9:<\/p>\n<p>\u2018Nous n&rsquo;acceptons pas cette d\u00e9mocratie qui permet \u00e0 un mandataire \u00e9lu d&rsquo;\u00eatre en contradiction avec l&rsquo;Islam, la charia, sa doctrine et ses valeurs.&rsquo;10<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1989, le vice-pr\u00e9sident du FIS Ali Belhadj a affirm\u00e9: \u2018Il n&rsquo;y a pas de d\u00e9mocratie, car la seule source de pouvoir est Allah par le Coran, et non le peuple. Si le peuple vote contre la loi de Dieu, ce n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un blasph\u00e8me. Dans ce cas, il faut tuer les incroyants pour la bonne raison qu&rsquo;ils veulent substituer leur autorit\u00e9 \u00e0 celle de Dieu.&rsquo;11<\/p>\n<p>L&rsquo;un des piliers du programme fondamentaliste consiste \u00e0 imposer un apartheid des sexes en prenant pour cible les femmes qui s&rsquo;\u00e9cartent de quelque mani\u00e8re que se soit de leur r\u00f4le tr\u00e8s restreint prescrit dans le cadre fondamentaliste. Apr\u00e8s la l\u00e9galisation du FIS et avant les \u00e9lections, Ali Belhadj a d\u00e9clar\u00e9 \u2018que la femme \u00e9tait l\u00e0 pour produire des hommes, elle ne produit aucun bien mat\u00e9riel autre que cette chose essentielle, le Musulman.&rsquo;12 Abassi Mandani a \u00e9galement d\u00e9clar\u00e9: \u2018Les manifestions r\u00e9centes de femmes contre la violence et l&rsquo;intol\u00e9rance comptent parmi les plus grands dangers qui menacent le destin de l&rsquo;Alg\u00e9rie&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.prochoix.org\/cgi\/blog\/index.php\/1999\/01\/20\/elles\">elles<\/a>\u00a0d\u00e9fient la conscience du peuple et r\u00e9pudient les valeurs nationales.&rsquo;13<\/p>\n<p>Pendant la p\u00e9riode o\u00f9 le FIS contr\u00f4lait l\u00e9galement un nombre non n\u00e9gligeable de municipalit\u00e9s, l&rsquo;un de ses imams, Abdelkhader Moghni a affirm\u00e9:<\/p>\n<p>\u2018Les femmes devraient rentrer \u00e0 la maison et laisser leurs emplois aux milliers de jeunes hommes au ch\u00f4mage. Elles perdent leur temps, en gaspillant leurs salaires en maquillage et en robes. \u201814<\/p>\n<p>Cette rh\u00e9torique \u00e9tait soutenue par l&rsquo;action politique des mandataires \u00e9lus du FIS et par la menace de la force.<\/p>\n<p>La violence fondamentaliste \u00e0 l&rsquo;encontre les femmes s&rsquo;est poursuivie entre la l\u00e9galisation du FIS et l&rsquo;annulation des \u00e9lections. En d\u00e9cembre 1989, une athl\u00e8te de judo a \u00e9t\u00e9 agress\u00e9e pour avoir contrevenu aux diktats fondamentalistes.15 De f\u00e9vrier \u00e0 avril 1990, les fondamentalistes ont lanc\u00e9 une s\u00e9rie d&rsquo;attaques contre les \u00e9tudiantes de diff\u00e9rentes r\u00e9sidences universitaires. Dans l&rsquo;un de ces cas, une jeune femme a \u00e9t\u00e9 fouett\u00e9e alors qu&rsquo;elle se rendait \u00e0 un cours.16 \u00c0 de nombreuses occasions \u00e9tal\u00e9es sur plusieurs mois, et sans aucune intervention de la police, des \u00e9tudiantes furent ramen\u00e9es dans les r\u00e9sidences universitaires par des fondamentalistes arm\u00e9s de hachettes voulant imposer un \u2018couvre-feu&rsquo; aux \u00e9tudiantes.17<\/p>\n<p>Le projet fondamentaliste visant \u00e0 institutionnaliser une discrimination extr\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes, constituant par l\u00e0 m\u00eame les \u00e9l\u00e9ments constitutifs d&rsquo;un v\u00e9ritable apartheid des sexes, est devenu encore plus clair entre 1991 et 1992 alors que le FIS exer\u00e7ait officiellement le pouvoir dans un certain nombre de municipalit\u00e9s. Si le FIS adopte souvent le langage des droits de l&rsquo;homme, m\u00eame concernant les femmes, les programmes qu&rsquo;ils ont mis en \u2018uvre cette ann\u00e9e-l\u00e0, tant par d\u00e9crets que par les menaces de violence \u00e0 l&rsquo;encontre des r\u00e9sistants, d\u00e9montrent clairement le contraire: la s\u00e9gr\u00e9gation sexuelle dans les \u00e9coles et dans les bus, l&rsquo;exclusion des filles dans le domaine sportif, l&rsquo;obligation du port du voile, les pratiques religieuses forc\u00e9es et l&rsquo;interdiction de certains emplois.18<\/p>\n<p>C. La mont\u00e9e en fl\u00e8che de la violence contre les femmes et la population civile<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;annulation des \u00e9lections de 1991, la strat\u00e9gie consistant \u00e0 atteindre les objectifs fondamentalistes par la violence contre la population civile s&rsquo;intensifia. Le vice-pr\u00e9sident du FIS, Ali Belhadj, d\u00e9clara en octobre 1994: \u2018les chefs visionnaires doivent mettre tout leur potentiel au service du djihad et coordonner toutes les formes de djihad, notamment le djihad arm\u00e9 qui en est la forme la plus noble et la plus \u00e9lev\u00e9e.&rsquo;19 Le FIS et les groupes arm\u00e9s ont alors men\u00e9 une guerre contre l&rsquo;\u00c9tat en utilisant les attaques contre les civils, en particulier les femmes, comme m\u00e9thode de combat.<\/p>\n<p>Leurs cibles ont chang\u00e9 au fil du temps. D\u00e8s 1992, les fondamentalistes ont attaqu\u00e9 les forces de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9tatiques et la police qui n&rsquo;\u00e9taient cependant pas les seules cibles. Les groupes arm\u00e9s ont choisi les parentes des membres de la police, des forces de s\u00e9curit\u00e9 ou du gouvernement comme premi\u00e8res cibles civiles de viol, de torture et d&rsquo;assassinat. Entre 1992 et 1995, les assassinats, tortures, enl\u00e8vements et autres atrocit\u00e9s du FIS et ses groupes arm\u00e9s se sont tourn\u00e9s vers les civils qui r\u00e9sistaient ouvertement ou dirigeaient les mouvements offrant une alternative \u00e0 la vision du FIS. Les groupes arm\u00e9s ont assassin\u00e9 et menac\u00e9 d&rsquo;assassiner par la publication de communiqu\u00e9s et de listes et par des attaques directes ainsi que par le harc\u00e8lement de journalistes, de f\u00e9ministes, d&rsquo;intellectuels, d&rsquo;enseignants, d&rsquo;\u00e9trangers et d&rsquo;artistes, tous membres de la soci\u00e9t\u00e9 civile sans aucun lien avec le gouvernement et m\u00eame, pour un grand nombre d&rsquo;entre eux, opposants publics de longue date au gouvernement.20<\/p>\n<p>Les femmes qui n&rsquo;ob\u00e9issaient pas aux ordres islamistes sont devenues et sont rest\u00e9es, le symbole visible de l&rsquo;opposition au FIS et ainsi des cibles pour la violence. Nabila Djahnine, une f\u00e9ministe en vue, fut assassin\u00e9e par les groupes arm\u00e9s fondamentalistes. D&rsquo;autres dirigeantes et f\u00e9ministes confirm\u00e9es comme Zazi Sadou et Khalida Messaoudi vivent sous des menaces de mort depuis plusieurs ann\u00e9es. Ces f\u00e9ministes alg\u00e9riennes repr\u00e9sentent ainsi le d\u00e9fi ultime aux dirigeants fondamentalistes.21<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas que les femmes en vue qui soient et aient \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9es. Le FIS et ses groupes arm\u00e9s r\u00e9pandent la terreur en publiant ou en envoyant des communiqu\u00e9s qui ordonnent aux femmes de se plier \u00e0 leurs diktats, les mena\u00e7ant de violence ou d&rsquo;assassinat. L&rsquo;un de ces communiqu\u00e9s exigeait des femmes qu&rsquo;elles portent le voile, sous peine d&rsquo;\u00eatre tu\u00e9es. Un mois apr\u00e8s la publication de ce communiqu\u00e9, en mars 1994, deux jeunes femmes furent tu\u00e9es par balles \u00e0 un arr\u00eat de bus parce qu&rsquo;elles ne portaient pas le voile (NY Times, 31 mars 1994). Katia Bengana, dix-sept ans, avait \u00e9t\u00e9 abattue le mois pr\u00e9c\u00e9dent pour le m\u00eame motif.22 Toutes les femmes per\u00e7ues comme n&rsquo;ob\u00e9issant pas \u00e9taient et restent des cibles. Les groupes arm\u00e9s menacent et attaquent divers groupes de femmes, dont les athl\u00e8tes, les enseignantes, les ouvri\u00e8res ainsi que les femmes qui ne portent pas le voile. Ils ont \u00e9galement menac\u00e9 et attaqu\u00e9 celles qui travaillent \u00e0 embellir les femmes, coiffeuses, couturi\u00e8res et commer\u00e7antes ainsi que les femmes qui, courageusement, sortent de chez elles maquill\u00e9es ou affichant tout autre signe de r\u00e9sistance.23<\/p>\n<p>Initi\u00e9es en 1995, les attaques contre les civils ont pris encore plus d&rsquo;ampleur. En 1995, par exemple, \u00e0 la veille du Ramadan, une bombe, qui selon le leader du FIS, Anouar Haddam, avait \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e au poste de police par les moudjahidin, a explos\u00e9 sur le boulevard Amirouche, l&rsquo;une des art\u00e8res les plus anim\u00e9es d&rsquo;Alger au moment le plus fr\u00e9quent\u00e9 de l&rsquo;ann\u00e9e. Le boulevard \u00e9tait empli de femmes et d&rsquo;enfants, qui venaient de sortir de l&rsquo;\u00e9cole. 38 personnes furent tu\u00e9es et 256 bless\u00e9es, la plupart des victimes \u00e9tant des femmes et des enfants. Cet attentat n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 comme de \u2018la malchance&rsquo;, selon les mots du leader du FIS, mais comme une attaque d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et minutieusement pr\u00e9par\u00e9e.24<\/p>\n<p>Si la violence aveugle actuelle ne parvient pas \u00e0 attirer l&rsquo;attention de la presse internationale, la brutale campagne de massacres men\u00e9e dans les villages par les groupes arm\u00e9s, et qui a \u00e9galement co\u00efncid\u00e9 avec le Ramadan, a fait couler davantage d&rsquo;encre. Des centaines de villageois, hommes, femmes et enfants, ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s. De plus, dans le cadre de ces massacres, les groupes arm\u00e9s ont isol\u00e9 les filles et les jeunes femmes de 11 \u00e0 35 ans pour les mener dans des camps o\u00f9 ils les ont viol\u00e9es \u00e0 maintes reprises avant de les tuer. L&rsquo;esclavage sexuel et la torture qu&rsquo;elles ont subis \u00e9taient accompagn\u00e9s d&rsquo;autres formes de tortures: br\u00fblures, passages \u00e0 tabac et mutilation des seins et des parties g\u00e9nitales.25<\/p>\n<p>Un communiqu\u00e9 de l&rsquo;\u00e9mir local du GIA (l&rsquo;autorit\u00e9 th\u00e9ologique, administrative et militaire des fondamentalistes) illustre sinistrement la nature syst\u00e9matique de ces pratiques. Ce communiqu\u00e9 affirme l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9mir qui lui octroie le droit de donner des femmes \u00e0 violer aux moudjahidin ou \u2018combattants de la foi.&rsquo; Le communiqu\u00e9 commence ainsi: \u2018C&rsquo;est l&rsquo;\u00c9mir qui donne les femmes.&rsquo; Il se poursuit avec des instructions sur les \u2018r\u00e8gles&rsquo; du viol: qui peut \u00eatre viol\u00e9e, quand, et par qui. Par exemple, il interdit \u00e0 un moudjahidin de violer \u00e0 la fois une m\u00e8re et sa fille; \u00e0 un p\u00e8re et son fils de violer la m\u00eame femme. Il apprend \u00e9galement aux \u2018combattants&rsquo; qu&rsquo;ils ne peuvent pas battre les femmes attribu\u00e9es \u00e0 d&rsquo;autres (\u00e9tant entendu bien s\u00fbr qu&rsquo;ils peuvent battre celles qui leur sont assign\u00e9es).26 Le fondamentalisme en Alg\u00e9rie reste aujourd&rsquo;hui une menace tr\u00e8s pr\u00e9sente et les violences se poursuivent.27 Si les extr\u00e9mistes semblent avoir r\u00e9cemment perdu du terrain, militairement, culturellement et politiquement, les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par ce r\u00e8gne de la terreur sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes sont profonds et leurs effets potentiellement de longue dur\u00e9e, \u00e0 moins que l&rsquo;\u00c9tat ne prenne des mesures anti-discriminatoires pour en d\u00e9passer les cons\u00e9quences culturelles.<\/p>\n<p>D. La r\u00e9sistance des Alg\u00e9riennes et l&rsquo;\u00e9tablissement de la d\u00e9mocratie et de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9<\/p>\n<p>Les femmes alg\u00e9riennes occupent la premi\u00e8re ligne de la soci\u00e9t\u00e9 civile, s&rsquo;organisant au nom de la paix, de la d\u00e9mocratie, des droits de l&rsquo;Homme, de la libert\u00e9 du culte et de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans des conditions tr\u00e8s dangereuses. Les journalistes f\u00e9ministes recueillent les t\u00e9moignages, prennent des photographies et travaillent h\u00e9ro\u00efquement pour briser le silence et l&rsquo;invisibilit\u00e9 dans lesquels vivent les victimes civiles en Alg\u00e9rie. Malgr\u00e9 les menaces contre leur vie, elles ont organis\u00e9 d&rsquo;importantes manifestations annuelles pour comm\u00e9morer la Journ\u00e9e Internationale de la Femme et s&rsquo;opposer aux efforts des fondamentalistes pour s&rsquo;immiscer au pouvoir. Ces activistes d\u00e9mocrates et f\u00e9ministes ont d\u00e9fi\u00e9 les barrages routiers gouvernementaux pour se rendre dans les villages apr\u00e8s les massacres, y recueillir des t\u00e9moignages et apporter leur soutien. Elles ont organis\u00e9 des projets d&rsquo;aide aux femmes et enfants victimes tant des atrocit\u00e9s que de la corruption et de l&rsquo;inaction du gouvernement.<\/p>\n<p>Elles ont \u00e9crit et parl\u00e9 contre le programme fondamentaliste et la violence. Elles se sont \u00e9lev\u00e9es contre les violations, la censure, la n\u00e9gligence, la corruption et la discrimination attribuables au gouvernement, et elles parlent d&rsquo;une voix puissante, qui ne sera pas \u00e9touff\u00e9e, en faveur de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes et de la d\u00e9mocratie.28 Leurs actions incluent des protestations contre les abus de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 l&rsquo;encontre de femmes qui n&rsquo;ont aucune responsabilit\u00e9 dans les violences mais sont vis\u00e9es ou affect\u00e9es \u00e0 cause de leurs relations familiales avec des terroristes ou des terroristes suspect\u00e9s.<\/p>\n<p>Et pourtant, la forme la plus puissante de r\u00e9sistance et le plus grand espoir pour les objectifs d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de d\u00e9mocratie sont faits de petits \u00e9v\u00e9nements et de formes de r\u00e9sistance quotidienne et ordinaire. Le nombre \u00e9lev\u00e9 de civils, l\u00e0 encore souvent men\u00e9s par des femmes, qui continuent de b\u00e2tir leur vie quotidienne malgr\u00e9 la violence inqualifiable, repr\u00e9sente une base solide pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et la paix. On y retrouve des m\u00e8res d\u00e9fiant l&rsquo;ordre des fondamentalistes arm\u00e9s de ne pas envoyer leurs enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole et qui continuent de les y envoyer et les y accompagnent, malgr\u00e9 les attaques terroristes. On y retrouve les enseignants, les professeurs d&rsquo;universit\u00e9, les coiffeuses et autres travailleuses ainsi que les m\u00e8res, les s&rsquo;urs et parentes qui ont refus\u00e9 \u00e0 leur mani\u00e8re apparemment insignifiante mais profond\u00e9ment courageuse de c\u00e9der aux diktats fondamentalistes: celles qui ont continu\u00e9 d&rsquo;aller travailler, de sortir dans la rue, de se faire belles comme symbole de leur r\u00e9sistance et de faire le travail qui maintient la coh\u00e9sion de la soci\u00e9t\u00e9 civile malgr\u00e9 les grands risques qu&rsquo;elles courent.29<\/p>\n<p>F. par exemple, une enseignante de Hai Rais, a assist\u00e9, impuissante, au meurtre de son mari et de son fils de trois ans, br\u00fbl\u00e9s vifs dans leur maison en 1997. Quelques jours plus tard, elle retournait \u00e0 son travail, \u2018parce que je ne peux pas laisser ces enfants sans \u00e9ducation.&rsquo; Le directeur d&rsquo;une \u00e9cole primaire a expliqu\u00e9 comment durant toute l&rsquo;ann\u00e9e 1994, les cours se d\u00e9roulaient avec les portes ouvertes et comment il patrouillait l&rsquo;\u00e9cole, guettant l&rsquo;apparition d&rsquo;une bombe ou d&rsquo;une attaque. Le personnel n&rsquo;a pas ferm\u00e9 l&rsquo;\u00e9cole, ne serait-ce que pendant une journ\u00e9e. Maintenant, raconte-t-il, \u2018avant de commencer les cours, nous \u00e9coutons les enfants nous raconter le drame qu&rsquo;ils vivent. Puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de psychologues disponibles, nous devons nous occuper de cela. Nous ne sommes pas form\u00e9s \u00e0 ce r\u00f4le, nous sommes nous-m\u00eames traumatis\u00e9s, mais il s&rsquo;agit de faire passer les enfants en premier.&rsquo;30 Le simple fait de continuer \u00e0 vivre est devenu ainsi une forme de r\u00e9sistance. Ces secteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile ont besoin d&rsquo;aide pour continuer \u00e0 b\u00e2tir une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e de la violence et capable de mettre en \u2018uvre une d\u00e9mocratie durable. Leurs efforts pour maintenir et continuer \u00e0 faire fonctionner les institutions sociales comptent parmi les plus grands espoirs de l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>E. L&rsquo;impact du fondamentalisme sur l&rsquo;\u00c9tat<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9tat alg\u00e9rien a r\u00e9agi aux pressions et aux violences fondamentalistes par la r\u00e9pression mais aussi par des compromis avec le programme fondamentaliste. Lorsque l&rsquo;\u00c9tat a pris en consid\u00e9ration les demandes des fondamentalistes, cette d\u00e9marche a toujours \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e au d\u00e9triment des droits fondamentaux et de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des femmes. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans la vie familiale en a \u00e9t\u00e9 le sacrifice principal. C\u00e9dant \u00e0 la pression fondamentaliste, l&rsquo;\u00c9tat a adopt\u00e9 le code de la famille actuel en 1984, qui bafoue un grand nombre des droits les plus fondamentaux des femmes.31 La loi a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e sans aucun d\u00e9bat public et en d\u00e9pit de la vive opposition historique de la communaut\u00e9 des femmes. Malgr\u00e9 les efforts ph\u00e9nom\u00e9naux de la communaut\u00e9 des femmes pour obtenir le rejet de ces dispositions tr\u00e8s dangereuses, dont une campagne de p\u00e9titions qui a recueilli un million de signatures, le code de la famille est rest\u00e9 en vigueur. L&rsquo;\u00c9tat a r\u00e9cemment rejet\u00e9 une recommandation commune de plusieurs ONG demandant l&rsquo;amendement progressif du code.<\/p>\n<p>Dans sa r\u00e9action aux violences fondamentalistes \u00e0 l&rsquo;encontre des femmes, l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;a \u00e9galement pas r\u00e9ussi \u00e0 apporter suffisamment de soutien aux victimes. M\u00eame si, \u00e0 la suite de l&rsquo;impact \u00e9pouvantable des massacres et des protestations publiques, l&rsquo;\u00c9tat a commenc\u00e9 \u00e0 fournir certains services sociaux aux victimes, ceux-ci restent inad\u00e9quats et doivent \u00eatre renforc\u00e9s. En ce qui concerne l&rsquo;avortement, s&rsquo;il est vrai que le gouvernement a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9, apparemment sur la base d&rsquo;une d\u00e9cision du haut conseil islamique, que les femmes enceintes \u00e0 la suite d&rsquo;un viol pouvaient se faire avorter, des rapports plus r\u00e9cents indiquent que le conseil a retir\u00e9 ou r\u00e9pudi\u00e9 son autorisation pour les avortements et il n&rsquo;est pas \u00e9vident que le d\u00e9cret gouvernemental tienne toujours et\/ou que les victimes aient \u00e9t\u00e9 en mesure d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 ce service m\u00e9dical. Les femmes qui survivent, en particulier les veuves avec des enfants, n&rsquo;ont pas non plus b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&rsquo;assistance \u00e9conomique n\u00e9cessaire. \u00c9tant donn\u00e9 le taux d&rsquo;illettrisme extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9 et la modestie du taux officiel d&#8217;emploi des femmes en Alg\u00e9rie, ces femmes n&rsquo;ont que peu d&rsquo;options. De plus, si certains services, dont le suivi psychologique, sont propos\u00e9s aux femmes qui ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es, stigmatis\u00e9es et rejet\u00e9es par leurs communaut\u00e9s, ces efforts sont \u00e9galement insuffisants.<\/p>\n<p>M\u00eame si apr\u00e8s 1992 l&rsquo;\u00c9tat s&rsquo;est refus\u00e9 \u00e0 mettre en oeuvre de mani\u00e8re l\u00e9gale certaines des pires exigences fondamentalistes visant \u00e0 l&rsquo;apartheid sexuel: s\u00e9gr\u00e9gation dans les bus et les \u00e9coles, prohibition des femmes dans l&rsquo;athl\u00e9tisme, il faudra beaucoup plus pour contrecarrer l&rsquo;impact culturel de la menace fondamentaliste sur la soci\u00e9t\u00e9. Comme l&rsquo;exprime un jeune homme du village de Hai Rais, lieu d&rsquo;un des massacres de 1997 et r\u00e9gion abandonn\u00e9e aux fondamentalistes: \u2018Nous devons r\u00e9apprendre \u00e0 \u00eatre humains, \u00e0 serrer la main d&rsquo;une femme, \u00e0 la regarder d&rsquo;un oeil fraternel m\u00eame si elle ne se couvre pas la t\u00eate ou les bras. Cela fait maintenant 5 ou 6 ans que nous avons oubli\u00e9 ces gestes plut\u00f4t normaux.&rsquo;32<\/p>\n<p>II &#8211; Le r\u00f4le de la Convention pour l&rsquo;\u00e9limination de toutes les formes de discrimination \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes (CEDAW)<\/p>\n<p>Nous demandons \u00e0 ce Comit\u00e9, dans le cadre de son mandat, de reconna\u00eetre clairement que le programme et la violence des fondamentalistes constituent l&rsquo;un des obstacles les plus significatifs \u00e0 la r\u00e9alisation de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des femmes et \u00e0 l&rsquo;exercice de leurs droits fondamentaux. De fait, leur campagne de terreur, constituant des crimes de guerre et des crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9, est une violation directe du droit international de la pire forme. Nous pressons le Comit\u00e9 de demander \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat de prendre ses responsabilit\u00e9s conform\u00e9ment aux articles 2, 3, 4 et 5 de la Convention, de prendre des mesures imm\u00e9diates et effectives pour prot\u00e9ger contre, r\u00e9parer et contrecarrer ces violations et leurs cons\u00e9quences politiques, \u00e9conomiques et sociales d\u00e9vastatrices sur la condition et les droits des femmes en Alg\u00e9rie. Le Comit\u00e9 pourrait en particulier interroger l&rsquo;\u00c9tat sur les initiatives anti-discriminatoires qu&rsquo;il prend pour combattre l&rsquo;aggravation de la discrimination et de la subordination des femmes, qui sont les cons\u00e9quences de la terreur fondamentaliste dirig\u00e9e contre les femmes et les hommes. Il devrait \u00e9galement examiner d&rsquo;une part les mesures prises pour rem\u00e9dier aux in\u00e9galit\u00e9s sociales et \u00e9conomiques et all\u00e9ger le d\u00e9sespoir des femmes qui doivent trouver un emploi et un moyen de subsistance au lendemain de la terreur et d&rsquo;autre part les effets d&rsquo;une discrimination plus g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;encontre les femmes. Il faudrait pousser l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 \u00e9liminer toutes les formes de discrimination et \u00e0 emp\u00eacher la r\u00e9-institutionnalisation de la discrimination, par exemple dans la menace de voir \u00e0 nouveau les femmes priv\u00e9es de leur droit de vote.<\/p>\n<p>La mont\u00e9e du fondamentalisme en Alg\u00e9rie et le manquement de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 y r\u00e9pondre ad\u00e9quatement, de mani\u00e8re politique, a provoqu\u00e9 une myriade de violations \u00e0 la Convention des Femmes. Les femmes ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es, entre autres droits, du droit \u00e0 une m\u00eame \u00e9ducation, art. 10, du droit de vote et de participation \u00e0 la vie publique, art. 7, du droit \u00e0 \u00e9chapper aux st\u00e9r\u00e9otypes sociaux et culturels, art. 5, 10, du droit au libre choix de leur profession, art. 11, du droit aux soins de sant\u00e9, art. 12, du droit de participer \u00e0 des activit\u00e9s de loisirs et sportives et \u00e0 l&rsquo;ensemble des aspects de la vie culturelle, art. 13, du droit \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 devant la loi, art. 15, du droit \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans le mariage, art. 15, et du droit \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 une vie libre de violence, rec. 19.<\/p>\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 la Convention CEDAW: \u2018Les rapports peuvent indiquer les facteurs et les difficult\u00e9s affectant la mani\u00e8re dont sont remplies les obligations pr\u00e9vues par la pr\u00e9sente Convention&rsquo; art 18. Dans le cas de l&rsquo;Alg\u00e9rie, le Comit\u00e9 doit identifier ces \u2018difficult\u00e9s&rsquo; pos\u00e9es par le fondamentalisme et demander \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;y r\u00e9pondre. Ces \u2018difficult\u00e9s&rsquo; incluent non seulement la violence et la terreur impos\u00e9es par les fondamentalistes, mais aussi leur programme visant \u00e0 \u00e9tablir un Etat th\u00e9ocratique correspondant \u00e0 leur vision conservatrice de l&rsquo;Islam et \u00e0 affirmer la supr\u00e9matie de la charia. Cette autorit\u00e9 permet au Comit\u00e9 d&rsquo;interroger l&rsquo;\u00c9tat sur l&rsquo;influence accord\u00e9e aux fondamentalistes au sein du gouvernement et de la soci\u00e9t\u00e9, sur sa capitulation incarn\u00e9e par le code de la famille de 1984, sur l&rsquo;obligation d&rsquo;abroger cette loi et sur son devoir de retirer ses r\u00e9serves \u00e0 l&rsquo;encontre de la Convention des Femmes. Il est \u00e9galement vital que le Comit\u00e9 insiste rigoureusement sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et les droits des femmes. Les femmes r\u00e9agissent avec horreur lorsque l&rsquo;\u00c9tat, de temps \u00e0 autre, d\u00e9cide de n\u00e9gocier avec le FIS, craignant qu&rsquo;il ne c\u00e8de encore davantage sur le plan des droits fondamentaux des femmes contre l&rsquo;apparence et l&rsquo;illusion de la paix. Nous recommandons en particulier que le Comit\u00e9: Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 retirer ses r\u00e9serves \u00e0 la Convention, r\u00e9serves qui l\u00e9gitiment et perp\u00e9tuent l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des femmes (en particulier dans la vie familiale) et qui violent l&rsquo;objet et le but de la Convention.<\/p>\n<p>Demande \u00e0 instamment l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 accepter et \u00e0 soutenir une l\u00e9gislation permettant d&rsquo;adopter une s\u00e9rie compl\u00e8te d&rsquo;amendements au code de la famille, formul\u00e9e et accept\u00e9e en consultation avec les femmes des ONG.<\/p>\n<p>Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 prendre des mesures imm\u00e9diates pour que les victimes des violences fondamentalistes b\u00e9n\u00e9ficient de services sociaux ad\u00e9quats, y compris des services m\u00e9dicaux pour l&rsquo;avortement et d&rsquo;assistance psychologique, leur permettant de regagner leur confiance en elles et de reconstruire leurs vies.<\/p>\n<p>Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 prendre des mesures imm\u00e9diates pour garantir que toutes les femmes b\u00e9n\u00e9ficient de mani\u00e8re \u00e9gale d&rsquo;une pr\u00e9paration, d&rsquo;un acc\u00e8s et de l&rsquo;exercice des droits \u00e0 l&#8217;emploi, \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation et aux soins de sant\u00e9 conform\u00e9ment \u00e0 la Convention, et que les femmes victimes de la violence, tant fondamentaliste que d&rsquo;Etat, re\u00e7oivent une aide \u00e9conomique et toutes autres formes d&rsquo;assistance n\u00e9cessaires leur permettant de reconstruire leur vie et de subvenir \u00e0 leurs familles et \u00e0 elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Demande instamment \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 prendre des mesures dirig\u00e9es tant vers les hommes que vers les femmes, par le soutien des m\u00e9dias, de l&rsquo;\u00e9ducation et des arts, pour d\u00e9passer les st\u00e9r\u00e9otypes discriminatoires et les peurs entretenues dans la culture par la terreur fondamentaliste.<\/p>\n<p>Demande \u00e0 instamment l&rsquo;\u00c9tat et obtienne de celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;engage \u00e0 fournir les ressources n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger et pour assurer le d\u00e9veloppement d&rsquo;une communaut\u00e9 d&rsquo;ONG ind\u00e9pendantes de l&rsquo;\u00c9tat, en particulier des ONG assurant la reconnaissance et la protection des droits de la femme, de mani\u00e8re \u00e0 faciliter l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 civile et le respect des droits de l&rsquo;Homme.<\/p>\n<p>IWHR et WLUML remercient le Comit\u00e9 d&rsquo;avoir pr\u00eat\u00e9 attention \u00e0 ces propos.<\/p>\n<p>Le 20 janvier 1999 IWHR &amp; WLUML<\/p>\n<p>Publi\u00e9 par Women Living Under Muslim Laws en f\u00e9vrier 2000 \u00a9 International Women&rsquo;s Human Rights Law Clinic et Women Living Under Muslim Laws ISBN 2-912606-05-5<\/p>\n<\/div>\n<p>mercredi 20 janvier 1999<\/p>\n<div class=\"encadre\">\n<p>Source\u00a0:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.wluml.org\/french\/pubs\/rtf\/misc\/alg-shadow-fr.rtf\">http:\/\/www.wluml.org\/french\/pubs\/rtf\/misc\/alg-shadow-fr.rtf<\/a>\u00a0Pr\u00e9sent\u00e9 par: International Women?s Human Rights Law Clinic et Women Living Under Muslim Laws<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Les femmes alg\u00e9riennes sont confront\u00e9es \u00e0 de nombreux obstacles qui freinent la r\u00e9alisation des objectifs de la Convention sur l&rsquo;\u00e9limination de toutes formes de discrimination, c&rsquo;est-\u00e0-dire le plein exercice et la jouissance de l&rsquo;ensemble des droits humains par les femmes, sur la base de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. 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